Il y a des films d’horreur qui surprennent par leur inventivité, leur atmosphère ou leur capacité à jouer avec les codes du genre. Abigail, lui, semble avoir oublié qu’un spectateur attend plus qu’une succession de clichés mal digérés. Des personnages sans logique, sans instinct de survie basique, comme dans tous films d'horreur de bas niveau.
Le point de départ avait pourtant de quoi intriguer : un kidnapping d’enfant qui tourne au cauchemar gothique. Mais dès les premières minutes, on comprend que le scénario n’a rien à offrir en dehors de son pitch. Les dialogues sonnent creux, les personnages sont réduits à des archétypes paresseux (le dur à cuire, l’idiote, le chef de bande, l'héroïne etc.), et l’intrigue se contente de cocher les cases habituelles d’un film de série B sans jamais assumer une vraie personnalité.
Les incohérences pullulent.
Lorsque Frank est converti en vampire, il vomit un geyser de sang grotesque — une scène censée choquer mais qui ressemble davantage à une parodie de mauvais goût. Pourtant, quand Sammy ou Joey subissent le même sort, aucune trace de ce spectacle sanglant : pas une goutte, pas une explication.
Le film applique ses propres règles de manière arbitraire, trahissant toute logique interne.
À cela s’ajoute un problème majeur de gestion du temps. Le kidnapping a lieu en pleine nuit ; au milieu du film, on découvre soudain qu’il fait jour, sans que cela ait la moindre incidence sur la situation. Pire encore : alors que les protagonistes savent pertinemment que la lumière du soleil est l’arme la plus efficace contre Abigail, ils passent leur temps à errer dans des salles barricadées de planches. Une idée de survie élémentaire — casser ces planches pour laisser entrer le soleil — ne leur traverse jamais l’esprit. Et pourtant, pour le climax final, ils patientent docilement jusqu’à la tombée de la nuit, comme si le scénario lui-même refusait la logique la plus basique.
D’autres scènes ratées illustrent ce manque de cohérence. Le « ballet » imposé par Abigail, censé créer une ambiance surréaliste, frôle le ridicule tant la mise en scène est kitsch. A croire que d'instaurer une chorégraphie au milieu du film pourrait créer une nouvelle "trend" de danse sur TikTok, espérant suivre les pas de la série "Mercredi". C'est raté, ca ne marche pas à tous les coups.
Sans parler d'un final ridicule où la "méchante" devient la "gentille" en aidant l'héroïne face à un "nouveau méchant" encore plus méchant... On en oublierait presque qu'Abigail a déchiqueté 4 autres personnages avant.
La photographie se veut sombre et élégante, mais finit par n’être qu’un filtre grisâtre, enterrée sous une couche épaisse de sang noir qui repeint le décors. Les effets gores, nombreux, sont si exagérés qu’ils en deviennent risibles — plus proches du Scary Movie que du cauchemar.
Quant à l’horreur, elle est aux abonnés absents : aucune montée en tension, aucun moment de véritable frisson. On devine chaque "twist" bien avant qu’il n’arrive, et les rares tentatives d’humour noir tombent à plat, faute de rythme et d’écriture.
En définitive, Abigail ressemble à un produit conçu pour surfer sur la vague du film d’horreur "fun" sans jamais trouver son ton. Ni effrayant, ni drôle, ni même véritablement divertissant, il laisse le spectateur avec l’impression d’avoir assisté à une longue farce mal jouée, où le seul monstre est l’ennui.
Verdict : un film qui aurait mieux fait de rester enfermé dans son cercueil.