La dilution de l’artiste
Du belge Stefan Liberski, je n’avais vu que le sympathique Tokyo Fiancée en 2014. Depuis plus rien. Monsieur Liberski émargeait aux abonnés absents. Il réapparaît avec ces 110 minutes de comédie déjantée et surréaliste. Jean-Yves Machond, peintre mondialement méconnu et globalement malheureux, décide un jour de changer de vie. Il va chercher l’inspiration dans une petite ville normande, afin de concevoir un chef-d’œuvre qui lui vaudra enfin gloire et reconnaissance éternelle. Mais sa rencontre avec les artistes locaux, du chaleureux Bagnoule à l’habile Cécile, va quelque peu le faire dévier de son chemin, et le mettre face à son rêve le plus profond : celui d’être un homme heureux, tout simplement. Qu’est-ce que vous voulez ? On ne se refait pas. J’aime le cinéma belge, j’adore le surréalisme et Poelvoorde est un immense acteur… Malgré ses défauts, j’ai aimé ce film tendre, féroce, burlesque et poétique à la fois. Un grand n’importe quoi réjouissant.
Mon sous-titre, La dilution de l’artiste, est emprunté au roman de Jean-Philippe Delhomme adapté pour ce film. Sous ses aspects foutraques, ses baisses de régime, et son côté bancal, cette comédie parle de création et de fuite contemporaine devant la réalité à travers les mésaventures d’un abruti qui vous crève le cœur, selon les mots de Poelvoorde lui-même. Ce personnage, incapable de trouver sa place, se réfugie dans la logorrhée pseudo-intellectuelle – du style « refuser la dictature du beau » -, en égratignant au passage toute une intelligentsia qui sera en 1ère ligne pour mépriser ce petit film qui fait la part belle à son casting. En plus, les paysages de Mers-le-Bains offrent un cadre magnifique à cette comédie de l’absurde qui, j’en reste persuadé, ne trouvera pas son public en France.
Et pourtant, les acteurs et actrices font feu de tout bois. A commencer par Benoît Poelvoorde qui ne quitte pas l’écran. On supporte ou on ne supporte pas, mais ce type a du génie. Mais, Camille Cottin, François Damiens, Gustave Kervern et la craquante Marine Dandoy lui donnent une réplique savoureuse. De l’émotion, des moments irrésistibles de drôlerie, du loufoque et une réelle réflexion sur l’Art et l’artiste. On ne peut que regretter un certain manque de rythme et un twist final parfaitement prévisible. Mais franchement, il y a tellement pire sur nos écrans en ce moment… Je vous donne rendez-vous demain pour du très, très lourd, dans tous les ses du terme.