La Danse des renards
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "La Danse des renards" et de son tournage !

Naissance du projet

Après deux courts métrages (Ma planète et Titan) à succès, Valéry Carnoy met en scène, avec La Danse des renards, son premier long métrage : "La première aide dont j’ai bénéficié est survenue avant Titan. Quand j’ai décidé de m’associer avec ma productrice, Julie Esparbes — à ce moment-là, je n’avais réalisé qu’un film de fin d’études à l’INSAS, Ma planète — nous avons tout de suite eu un débat. Julie croit à la longévité. Elle m’a dit que son idée n’était pas de faire simplement un court, mais d’en faire un qui nous mènerait vers un long."

"Dès le départ, il y avait donc cette volonté, de sa part, d’aller plus loin, en prenant le temps nécessaire. On a réfléchi à un thème qui nous plaisait. Dans Ma planète, il y avait déjà cette question de la masculinité et du corps, qui intéressait beaucoup Julie aussi. Très vite, nous avons eu envie d’explorer cette masculinité fragile, les corps qui n’ont pas forcément la forme désirée, les corps qui ne sont pas forcément ceux qu’on voit au cinéma. Obèses, squelettiques, écorchés, musclés, tous m’intéressent", raconte le réalisateur, en poursuivant :

"On est donc parti là-dessus et j’ai écrit l’histoire de Titan tout en développant le long-métrage sur l’adolescence. Dans Titan, des adolescents s’imposent des blessures à l’aide d’une arme et en sont presque émerveillés. Pour La Danse des renards, c’est différent : la blessure provient d’un accident, elle traumatise le personnage et le renvoie à sa fragilité, lui, qui pourtant, durant toute son adolescence, avait fait de son corps une arme. Ces deux projets ont été pensés ensemble et se sont entrelacés avec une véritable complémentarité entre eux."

"Kids Return"

Côté références, Valéry Carnoy cite le réaliste Kids Return de Takeshi Kitano, un film de 1996 dans lequel l'un des deux personnages principaux se découvre un talent certain pour la boxe anglaise.

Pourquoi la boxe ?

Valéry Carnoy a pratiqué le football dans une école de sport-études, un sport où le groupe est énorme, qui fonctionne selon lui difficilement au cinéma. Le cinéaste a donc opté pour une discipline qui soude de manière très forte : "Je me suis souvenu de mon internat : les boxeurs formaient un groupe uni, avec un rapport à leur corps et une maîtrise de soi uniques. Il y avait beaucoup de stéréotypes et de fantasmes à leur sujet."

"La boxe, c’est aussi un sport multiculturel, ce n’est pas réservé principalement aux blancs, c’est très éclectique. J’avais cette volonté, au cinéma, d’avoir un groupe d’acteurs qui représente la diversité. Ce que j’aime avec le sport-études, c’est qu’il camoufle le déterminisme social, chacun suit les règles de l’internat, du sport qu’il pratique, sans pouvoir se mettre en avant sur la plan socio-culturel, c’est particulièrement le cas de la boxe."

Des combats réalistes

Les scènes de boxe ont été chorégraphiées puis filmées caméra à l’épaule. Arnaud Guez, le chef-opérateur, a utilisé des focales courtes, avec une caméra qui colle aux corps, parfois jusqu’au flou. L’idée était d’être dans les yeux des personnages, pas dans le spectacle : "Pour atteindre un certain réalisme, pour qu’on ait l’impression que ce soit précis, je savais que j’avais besoin de véritables boxeurs ou d’acteurs extrêmement formés."

"Ça a été le cas pour Samuel qui n’avait jamais boxé et s’est entraîné pendant plus de cinq mois, presque cinq fois par semaine avant le tournage. Autour de lui, j’avais besoin d’avoir des garçons qui savaient boxer, pour créer une arène crédible, avec des combats répétés, et chorégraphiés. Avec le chef-op, dès qu’on avait une matière suffisamment concrète, on pouvait se permettre de restituer une esthétique plus documentaire", confie le cinéaste.

Recherche d'authenticité

Sur le tournage, aucune improvisation n’était possible. Le budget obligeait parfois Valéry Carnoy à tourner quatre scènes par jour. Mais avant, lors des répétitions, les acteurs pouvaient improviser. Le metteur en scène notait alors leurs mots, leurs attitudes et leurs idées, puis réécrivait les scènes à partir de cette matière vivante.

Représentation de la blessure

La blessure réelle et la douleur imaginaire de Camille sont au centre du film. Au lieu d’en élucider la cause médicale, Valéry Carnoy a choisi de la représenter comme une forme de traumatisme corporel et social. Il explique : "Je trouvais que la douleur psychosomatique de Camille était intéressante. C’est un sujet actuel, comme le burn-out par exemple, qui en est étroitement lié — chez Camille, c’est son corps qui lui dit « arrête, j’ai mal ». Dans une narration, j’aime qu’il y ait du mystère, il faut que le spectateur se questionne : est-ce qu’il simule ou vit-il réellement sa douleur ?"

"Ça fait partie de son empathie. Un spectateur empathique se dira que cet enfant ne simule pas, pourquoi il simulerait, il va souffrir avec lui ; un autre, plus dur, se racontera qu’il est en train de mythonner, il a juste peur. On revient à ce double discours, l’un très masculin de puissance et l’autre un peu plus empathique : « je suis avec toi, je te crois ». Qu’est-ce qui se passe dans sa tête ? Au fur et à mesure du film, on comprendra qu’il souffre vraiment. Et le pire c’est qu’il sait que l’origine de la douleur est dans sa tête. Mais il doit quand même aller jusqu’au bout, en ayant mal..."

"Parler de cette douleur— existe-t-elle ou pas ?—, ça pose des questions narratives intéressantes, de la curiosité, et surtout, le plus important dans le cinéma peut-être : du suspense."

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