Deux évangélistes frappent à la porte d'un gentil Monsieur qui leur offre de rentrer parler religion autour d'une part de tarte à la myrtille préparée à l'instant par sa femme... Sans le savoir, les deux jeunes femmes viennent d'avancer un pion sur un échiquier où le choix-même de la couleur de départ (blanc, ou noir ?) décide de l'entièreté de leur capacité à remporter la partie (alors...toujours sûr de vouloir garder cette couleur ?). Hugh Grant est parfait dans ce rôle "qui le change radicalement des beaux gosses auxquels il est abonné" (pour le bien du scénario, on n'en dira pas plus sur le rôle qu'il joue, étant l'une des vraies surprises - malheureusement souvent spoilées dans les résumés - du film), les deux jeunes actrices que sont Sophie Thatcher et Chloe East sont également l'âme de ce thriller (l'une joue une femme plus croyante que l'autre, et l'on va exploiter le doute, la moindre hésitation de foi, pour les besoins du récit, ce qui est plutôt malin). Évidemment, si vous êtes une grenouille de bénitier, vous aurez le bon goût d'éviter ce film qui questionne avec une agressivité féroce tous les enseignements des religions, s'en prend au principe-même de la Foi, frappe parfois durement sur le fait de croire à quelque chose (même l'espoir, symboliquement), frôlant parfois le nihilisme absolu. Il a des petits airs de Martyrs, sur ce point (et bien d'autres), mais même Martyrs avait gardé, dans son dernier plan (et sa petite phrase finale interprétable à l'envi) un soupçon de mystère, de mysticisme qui refusait de condamner en bloc les religions et croyances en tous genres, ici, Heretic se couvre à peine d'un
"oui, mais le méchant est fou, donc tout ce qu'il dit est faux"
qui ressemble à un dédouanage maladroit, pour y aller vraiment plus radicalement dans la critique religieuse (on a un brin d'empathie pour les croyants des religions qui vont se prendre les répliques cinglantes en pleine tronche). Néanmoins, si le film ne brille pas toujours par sa finesse, les scènes de tensions sont bien présentes, l'ouverture où l'on découvre très lentement l'envers du décors fonctionne très bien, on s'identifie aux deux jeunes femmes en étant sûr de n'avoir pas fait mieux qu'elles dans la même situation (ce qui est rare dans un film d'épouvante / à suspens : pour une fois, les héroïnes sont intelligentes, hallelu...ah non, justement, pas d'hallelujah). La BO enivrante enlace les décors soignés, Hugh Grant est implacable, les deux héroïnes sont malines, et le jeu du chat et de la souris se regarde sans cligner des yeux. Heretic n'est pas à envoyer au bûcher.