Une bataille invisible
Le 1er film d’Alice Douard, déjà honorée du César du Court métrage en 2024. Mais avec cette comédie dramatique de 97 minutes, elle nous offre une véritable pépite pleine de tendresse, d’humour sur un sujet de société brûlant. Céline attend l’arrivée de son premier enfant. Mais elle n’est pas enceinte. Dans trois mois, c’est Nadia, sa femme, qui donnera naissance à leur fille. Sous le regard de ses amis, de sa mère, et aux yeux de la loi, elle cherche sa place et sa légitimité. Un des très beaux films du moment qu’il ne faut surtout pas rater.
L’histoire se situe au printemps 2014, un an après la promulgation de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Si l’acte de procréation a tout d’une envie, la réalité va vite rattraper, le couple de femmes qui se voit obliger de passer par une série d’étapes absurdes : démarches administratives, formulaires, lettres de proches, entretiens multiples, comme s’il fallait prouver à la République que l’amour, lui aussi, peut être un lien de filiation. Et c’est cette absurdité qui va provoquer, à de nombreuses reprises, de purs moments de comédie. Ou quand le sentiment se transforme en dossier administratif. La toute novelle loi Taubira a ouvert le mariage et l’adoption aux couples de même sexe mais rien n’est encore en place, ni les procédures, ni les réflexes administratifs, ni le langage pour dire ces nouvelles familles. Les institutions apprennent en marchant et ce tâtonnement devient le sujet même du film. Description d’un temps suspendu où l’égalité se cherchait encore un mode d’emploi. Il était grand temps qu’un tel film voie le jour. C’est drôle, profond, bouleversant, mais aussi dérangeant, parce qu’il ose mettre des mots sur ce qu’on préfère souvent taire
Quant au casting, en tous points remarquables, il est à la hauteur des ambitions de ce beau moment de cinéma. Il y a deux ans, la suissesse Ella Rumpf avait littéralement crevé l’écran dans Le théorème de Marguerite. Elle renouvèle ici sa performance bien entourée qu’elle est par Monia Chokri, - qui se retrouve en ce moment à l’affiche de très nombreux films -, et Noémie Lvovsky, qu’on n’avait pas vue aussi juste depuis longtemps. Sans oublier une foultitude de petits rôles – dont Jeanne Herry et Anne Le Ny -, qui apportent une vraie pierre à l’édifice. Un 1er film autobiographique absolument remarquable. Une cinéaste à suivre.