Portrait de femme. Portrait de ville.
Pour moi, le chef d’œuvre de Paolo Sorrentino est sans conteste, La Grande Bellezza de 2013. Même si deux ans plus tard Youth était lui aussi un beau film. Pour ces 137 minutes – eh oui ! Ce cinéaste ne sait pas faire court ! -, il s’interroge de nouveau sur la beauté, sous toutes ses formes, puisque Parthenope – une sirène de la mythologie grecque, dont le destin est lié à Naples - n’est autre qu’une personnification de la ville. Autour de Parthénope, les napolitains. Scrutés, aimés, désillusionnés et pleins de vie, que l’on suit dans leurs dérives mélancoliques, leurs ironies tragiques et leurs moments de découragement. La vie peut être très longue, mémorable ou ordinaire. Le temps qui passe offre tout le répertoire des sentiments. Et là, au fond, proche et lointaine, cette ville indéfinissable, Naples, qui ensorcèle, enchante, hurle, rit et peut nous faire mal. Ce film est une splendeur, tout y est beau, les corps, les paysages, la photographie, la musique, ce qui ne parvient pas à gommer tout à fait le manque d’émotion, car la beauté aussi parfaite soit-elle, peut être glaçante.
La vie de Parthénope de sa naissance dans les années 1950 à nos jours. Une épopée féminine dépourvue d’héroïsme mais éprise de liberté, de Naples, et d’amour. Les amours vraies, indicibles ou sans lendemain qui vous condamnent à la douleur mais qui vous font recommencer. Le parfait été à Capri d’une jeunesse insouciante malgré un horizon sans issue. Ça, c’est pour le fond. Mais pour la forme – dont j’ai déjà dit plus haut tout le bien que je pense -, ça ressemble beaucoup à un immense placement de produits. Quand on sait que le film est coproduit par la maison Saint-Laurent, on comprend mieux pour quoi ça ressemble parfois à un défilé de mode. Glamour, mais froid. Pour certains, ce film sera qualifié de boursoufflé et de complaisant. Quand d’autres parleront de splendeur visuelle renversante ou de mélancolie hypnotisante. Faites votre chois. Pour ma part, même si la beauté est poussée à son paroxysme, j’ai senti poindre en moi un arrière goût d’ennui distingué. La métaphysique et l’anthropologie ne sont sans doute pas ma tasse de thé cinéphilique.
Outre les images, la jeune mannequin Celeste Dalla Porta, qui porte le film de bout en bout, d’une beauté incroyable est l’autre raison pour laquelle on peut se laisser aller durant ces trop longues deux heures et quart. Autour d’elle, s’agite – parfois en vain -, toute une galerie de portraits inégaux avec Gary Oldman, Silvio Orlando, Luisa Ranieri, Peppe Lanzetta et l’apparition un peu magique de Stefania Sandrelli, devenue une égérie du cinéma italien depuis 1962 et Divorce à l’italienne. La superbe musique de Lele Marchitelli ajoute beaucoup à la magie un peu trouble de ce monument de baroque. Sorrentino s’est fait plaisir. Quant au spectateur ???