Chère Hélène Merlin, si Merlin est un enchanteur et bien vous chantez merveilleusement bien et de façon juste, les forces et les ressources, tapies dans l'ombre des traumatismes. Votre intervention ce soir dans ce chouette cinéma nuiton, jolie hétérotopie, était merveilleuse. Vous êtes en 3 D, Droite, Digne, Debout. A l'instar de ce tatouage symbolique, véritable kintsugi de force et de résilience, vous avez transformé, métabolisé, sublimé, les cicatrices de votre histoire, sans pour autant les cacher, mais en les consolidant de poudre d'or et d'époxy. Je n'ai pas osé vous poser la question ce soir, peut-être la lirez vous ici. Comme vous l'avez justement souligné, nous portons de façon consciente et souvent inconsciente le poids des secrets générationnels et sommes abasourdis par l'insupportable aspect oxymorique du bruit du silence. Un secret tu est l'indicible d'une génération qui devient l'innommable de la génération suivante pour enfin terminer en l'impensable de la génération d'après. La porte de sortie et d'expression de l'impensable peut être le corps, en manifestation somatique ou bien des actes. Dans ce film, vous dites l'indicible, vous nommez l'innommable et vous pensez l'impensable. Mieux que ça vous montrer l'immontrable et vous le manifestez au travers de la musique, des plans, des mots et de mille choses subtiles comme cette marionnette qui tend la main vers son hôte incarné. La question est, est-ce que vous pensez que le travail thérapeutique et cinématographique permet de limiter les risques de transmissions de ces mémoires traumatiques teintées de secrets ? Ou mieux, de transmettre ces mémoires cellulaires et émotionnelles grandies d'un enseignement transformant, transformé par le chemin vers le pardon, par la résilience et la parole ? Soigner le présent, restaurer le passé et adoucir le futur, sont, j'ai envie de le croire, les incroyables effets de la mise en lumière des traumatismes, du pardon et de la prise de conscience de l'insoutenable fréquence de survenue des agressions et des non-respects du consentement.
En deux mots : bravo et merci. Merci pour tout ce que votre témoignage peut réparer et guider vers une lumière chaude et bienveillante.