Sing Sing
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Sing Sing" et de son tournage !

En compétition

Sing Sing a été sélectionné en compétition officielle dans de nombreux festivals en 2024 comme Le Festival de Deauville, le TIFF (Toronto Film Festival) et le SXSW Film Festival, où il a reçu le Prix du public.

Du réel à la fiction

Le long-métrage est non seulement inspiré d’une histoire vraie — celle d’un détenu enfermé à la prison de Sing Sing pour un crime qu’il n’a pas commis et qui se lance dans un atelier théâtre — mais il est également interprété à 85 % par des anciens prisonniers ayant participé à ce dispositif, comme Clarence Maclin, surnommé "Divine Eye". Ce n’est pas la première fois que les réalisateurs rendent la frontière entre la réalité et la fiction poreuse puisque déjà, dans Jockey, de véritables jockeys figuraient dans leur film.

Main dans la main

Les réalisateurs Greg Kwedar et Clint Bentley se sont rencontrés après leurs études et ont entamé leur carrière en commun dans les années 2010, d’abord sur des courts-métrages, puis sur des documentaires et enfin dans un premier long-métrage de fiction en 2015, avec le thriller Transpecos : "Nous écrivons ensemble, puis l’un de nous signe la mise en scène tandis que l’autre est à la production", relatent les cinéastes. Ainsi, Transpecos a été réalisé par Kwedar tandis que leur second film, Jockey, présenté à Sundance en 2021, a été mis en scène par Clint Bentley. Greg Kwedar porte cette fois à l'écran Sing Sing, même si les deux cinéastes ont écrit le scénario.

Genèse

En 2016, Greg Kwedar a aidé un ami à produire un court-métrage documentaire dans une prison de haute sécurité du Kansas, où les détenus élevaient des chiens abandonnés. Un dispositif de réinsertion qui a suscité son intérêt, et qui l’a poussé à se documenter sur les différentes réformes pénitentiaires. Il a alors découvert un autre programme new-yorkais de réinsertion par l’exploration artistique à la prison de Sing Sing, qui obtenait de très bons résultats sur les prisonniers.

En approfondissant ses recherches, le réalisateur a alors eu connaissance d’une comédie musicale montée par les détenus, Breakin’ Mummy’s Code. Cela a été le déclic pour lui, comme il l’explique :

"J’ai été frappé par l’ascenseur émotionnel qu’on ressent en découvrant cette histoire qui parvient à faire ressortir la dimension humaine propre à l’environnement âpre de la prison et qui fait se télescoper cet univers à l’humour d’une comédie loufoque. Je me suis dit que c’était sans doute le bon point de départ pour échafauder un récit qui permette au spectateur de mieux comprendre toutes les capacités de certains détenus qui, en général, sont stéréotypés ou invisibilisés."

Des recherches en amont

Greg Kwedar et Clint Bentley ont mené de grandes recherches pour être au plus près de la vérité et ont bénéficié des précieux conseils du dramaturge Brent Buell, qui a été bénévole pour le dispositif du RTA à la prison Sing Sing pendant une dizaine d’années. C’est également lui qui a mis en scène la comédie musicale Breakin’ the Mummy’s Code et qui leur a présenté les détenus qui avaient joué cette pièce, dont certains avaient entre temps quitté le milieu carcéral. C’est en rencontrant ces hommes, d’abord par Zoom, puis en vrai, que les deux réalisateurs ont tenu à les inclure dans leur dispositif cinématographique.

L’appel de la scène

Le film brosse la vie de John Whifield "Divine G", qui a passé des décennies en prison pour un crime qu’il n’a pas commis, et de Clarence Maclin, surnommé "Divine Eye", un détenu redouté de Sing Sing. Un jour que ce dernier dealait de la drogue dans la chapelle de la prison, il a assisté à la mise en scène d’une pièce de théâtre par d’autres prisonniers et a eu un véritable choc. Motivé, Clarence Maclin a donc décidé de s’inscrire au programme.

Un long chemin

Le script a été écrit en trois ans, avec de multiples relectures de la part des deux détenus, Whifield et Maclin, comme ce dernier l’explique : "Ils écrivent très bien, mais ils ne connaissent pas la langue qu’on parle en prison" dit-il avant de poursuivre : "Ils m’envoyaient le scénario, je le parcourais et je repérais les endroits où on pouvait rendre les dialogues plus réalistes. Pour que la langue soit plus authentique." Toutefois, le script a été interrompu en 2020, le temps que Clint Bentley réalise Jockey, avant de reprendre ensuite leur projet de Sing Sing.

Une production maison

Colman Domingo, l’acteur principal du film qui campe Divine G, est également à la production exécutive avec la société qu’il a fondé avec son mari, Edith Productions.

Dans la peau de …

Colman Domingo a rencontré à de nombreuses reprises John Whifield pour le connaître parfaitement afin de cerner son personnage, comme il le raconte : "Je voulais apprendre à le connaître : Est-ce qu’il est drôle ? Qu’est-ce qu’il mange ? Il se préoccupe beaucoup de savoir le type de nourriture qu’il met dans son estomac. Il réfléchit beaucoup. G est un homme qui respecte les règles : il sait faire la part des choses entre ce qui est juste, ce qui ne l’est pas, et il pèse chacune de ses décisions."

Replonger dans le passé

En campant son propre rôle, Maclin a dû se replonger dans ce qu’il était avant de découvrir le théâtre, à savoir un caïd, ce qui n’a pas été simple pour lui. Néanmoins, il a tiré de cette expérience des notes positives : "Je voulais montrer que j’avais évolué. Le but, en me replongeant dans cette période de ma vie, c’était de témoigner de ce que j’ai vécu, sans que les gens aient besoin de passer par là", confie-t-il.

Amis pour la vie

Pour camper le meilleur ami de Divine G, "Mike Mike", Colman Domingo a fait appel à son propre meilleur ami, Sean San José, directeur artistique du Magic Theatre : "J’ai besoin d’un repère familier dans cet océan d’ultra- réalisme", lui a alors dit le héros du film, pour convaincre son ami. Résultat, il a suggéré son nom aux réalisateurs qui l’ont choisi pour le rôle.

En décors réels

Le tournage a démarré le 11 juillet 2022 pour se terminer quatre semaines plus tard, dans le nord de l’État de New York. Si une équipe a filmé d'un bateau sur l’Hudson les extérieurs de la prison de Sing Sing, il est impossible d’installer un tournage dans une prison encore en activité. Laurent Rejto, de la Hudson Valley Film Commission, leur a alors suggéré de filmer à la Downstate Correctional Facility, une prison de haute sécurité désaffectée depuis mars 2022. Pour l’anecdote, la plupart des acteurs du film, anciens détenus, étaient déjà passés par cette prison pour réaliser des tests médicaux et psychologiques.

Deux autres lieux de tournage ont été également utilisés : le théâtre proche du Beacon High School a été choisi pour filmer la répétition générale de Mummy’s Code et le Mid-Orange Correctional Facility, centre pénitentiaire pour jeunes délinquants devenu par la suite un complexe sportif, a également été investi par l’équipe. C’est là notamment que les Divine discutent.

Tournage compliqué

Si Greg Kwedar et Clint Bentley ont tourné lors d’un été caniculaire alors qu’il n’y avait pas de climatiseur dans la prison, la chef-décoratrice Ruta Kiskyte a dû faire face à une autre difficulté, puisque certaines couleurs comme le noir, le bleu, le gris et l’orange sont interdites en prison, ainsi que toutes les gammes dérivées, rendant sa tâche complexe.

Wanted

L’ancienne prison de Downstate a été conçue comme un labyrinthe. Un jour, Mosi Eagle, un ancien détenu qui joue dans le film, s’est perdu dans les couloirs !

Place à l’impro

Le directeur de la photographie Pat Scola a tourné caméra à l’épaule dans des scènes parfois entièrement improvisées qui pouvaient durer 8 minutes, afin d’être au plus près des acteurs. En outre, le film a été tourné sur pellicule avec une caméra ARRI 416 R, afin de ne pas trop esthétiser l’image.

Tous égaux

Dans une démarche fondée sur un modèle économique communautaire, chaque partie prenante du tournage — des acteurs aux techniciens — a été rémunérée au même tarif, comme l’explique la productrice Monique Walton : "L’ensemble des acteurs et techniciens ont reçu un certain pourcentage du budget du film en fonction de leur nombre de jours de travail." Un dispositif déjà mis en place par les réalisateurs pour Jockey.

Costumes sur-mesure

La costumière a voulu recréer les vêtements que les gardiens donnent aux détenus à leur arrivée, à savoir deux chemises, deux pantalons qu’ils portent pendant un certain temps, mais aussi un t-shirt ou un débardeur. Elle a ensuite vieilli volontairement les vêtements en les lavant six fois avec un détergeant bien particulier. Cependant, le véritable Divine Eye, qui avait le luxe d’avoir son propre tailleur en prison, était obnubilé par son look, comme le confie la chef costumière : « Il dit qu’il fait un 54, mais ce n’est pas vrai. Pourtant, c’est ce qu’il veut porter. Et il flotte donc dans sa tenue."

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