« Les Bronzés » de Patrice Leconte sorti sur les écrans en novembre 1978 avait remporté un succès inattendu, faisant apparaître sur le devant de la scène la troupe du Splendid. Le comique franchouillard mais surtout féroce qui teintait l’ensemble du film apportait un souffle d’air frais dans l’univers du cinéma comique français qui avait un peu de peine à se ressourcer après la disparition soudaine des monstres sacrés qu’étaient Fernandel et Bourvil suivie par la pré-retraite de Louis de Funès à la suite de ses graves problèmes de santé. Avec plus de deux millions d’entrées dans les salles, le film place Michel Blanc, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko et Marie-Anne Chazel immédiatement dans le cœur des spectateurs français se reconnaissant un peu dans ces vacanciers venus au Club Med confier aux gentils GO le soin de les divertir le temps des vacances d’été. Adapté d' « Amour, coquillages et crustacés » une pièce écrite par la bande du Splendid et déjà largement rodée sur les planches de leur café-théâtre du passage Odessa (Paris 14ème), « Les Bronzés » est essentiellement constitué des gags permettant à chacun des acteurs de livrer son numéro. La réalisation qui devait être confiée initialement à Jean-Jacques Annaud revient au débutant Patrice Leconte qui ne compte alors qu’un seul film à son actif avec « Les WC étaient fermés de l’intérieur » qui malgré la présence de Coluche et de Jean Rochefort au casting fut un flop commercial. La tâche du réalisateur ne consiste alors qu’à filmer les gags qui s’enchaînent. Une tâche dont il s’acquittera sans difficulté mais aussi sans trop d’imagination pour donner un peu de corps à une intrigue jouant les absentes. Le succès étant au rendez-vous, le producteur Yves Rousset-Rouard ne se pose pas de question et propose dès la fin de tournage de remettre le couvert. Les vacances d’été pour « Les Bronzés », celles d’hiver pour « Les Bronzés font du ski ». On retrouve les mêmes personnages que le scénario rend encore plus hypocrites, mesquins, vantards, avares, hâbleurs et finalement assez peu sympathiques. Heureusement les gags sont encore meilleurs et les acteurs toujours aussi convaincants. Pourtant le succès sera moindre, le public trouvant peut-être la charge un peu forte. Mais le manque d’intrigue a cette fois-ci été remarqué. Les deux films ont toutefois été par la suite d’énormes succès de télévision. Avec le recul on prend toujours plaisir à revoir des gags que l’on connaît par cœur même si certains sont un peu répétitifs. On ne peut donc pas classer les deux films parmi les chefs d’œuvre du genre que furent « L’Auberge rouge » (Claude Autant-Lara, en 1951), « Le cave se rebiffe » (Gilles Grangier en 1961), « Les tontons flingueurs » (Georges Lautner en 1963), « Le corniaud », « La grande vadrouille » , « La folie des grandeurs » ou encore « Les aventures de Rabbi Jacob » (Gérard Oury en 1965,1966,1971 et 1973). Il faut seulement se rappeler ce que disait le grand Henri-Georges Clouzot repris par Jean Gabin : « Pour faire un film, premièrement, une bonne histoire, deuxièmement, une bonne histoire et troisièmement, une bonne histoire ». Ce défaut initial apparaît désormais un peu flagrant. Un défaut dont ont toujours été conscients les membres du Splendid et Patrice Leconte qui ont montré par la suite qu’ils pouvaient largement relever le défi de faire des films aboutis. "Monsieur Hire" (1989) par exemple de Patrice Leconte avec un Michel Blanc saisissant montre tout le chemin parcouru.