Paola Cortellesi, pour son premier passage derrière la caméra, s’attaque à une fresque historique à la fois intime et sociale. En s’ancrant dans une Italie d’après-guerre marquée par le poids des traditions et l’inertie du patriarcat, Il reste encore demain ambitionne de raconter l’histoire d’une femme ordinaire face à un monde qui la considère comme quantité négligeable.
Le film s’appuie sur une mise en scène soignée et une direction d’acteurs solide, mais sa narration, bien que touchante, oscille parfois entre efficacité et maladresse.
L’un des choix les plus marquants du film est son esthétique en noir et blanc, un clin d’œil évident au néoréalisme italien. Ce parti pris fonctionne la plupart du temps, renforçant l’aspect intemporel du récit et soulignant la rudesse du quotidien de Delia. Toutefois, cette approche tend aussi à alourdir le propos par moments, donnant l’impression d’une œuvre qui cherche à se conférer une gravité qu’elle n’atteint pas toujours naturellement.
La mise en scène de Cortellesi est efficace et révèle une réelle maîtrise du cadre et du rythme. Certaines scènes, notamment celles où l’humour vient contrebalancer le drame, sont d’une grande justesse et évitent de sombrer dans un excès de pathos. Cependant, d’autres moments semblent surlignés à l’excès, notamment lorsqu’il s’agit de dénoncer les injustices subies par le personnage principal.
Le travail des acteurs est quant à lui remarquable. Cortellesi elle-même livre une performance habitée, oscillant entre vulnérabilité et détermination. Valerio Mastandrea campe un mari brutal et écrasant, bien qu’un peu monolithique dans sa représentation. Romana Maggiora Vergano, qui incarne la fille de Delia, apporte une intensité bienvenue et incarne une génération en transition.
L’histoire de Delia est racontée avec un mélange de gravité et de légèreté qui fonctionne dans l’ensemble, mais qui souffre parfois de déséquilibres. Le film se veut à la fois une chronique sociale et un drame personnel, mais il ne parvient pas toujours à harmoniser ces deux dimensions.
Les scènes de violence conjugale sont crues et réalistes, mais l’absence de nuances dans le portrait des personnages masculins donne une impression de manichéisme qui affaiblit la complexité du récit. Ivano, le mari de Delia, est une brute dépourvue de toute profondeur, ce qui limite l’impact émotionnel de certaines scènes. En revanche, la relation entre Delia et sa fille apporte une richesse dramatique bienvenue, jouant sur la confrontation entre deux visions du monde et deux générations de femmes.
Un des éléments scénaristiques les plus intéressants reste la manière dont Il reste encore demain ancre son histoire dans le contexte du référendum de 1946, qui a permis aux femmes italiennes de voter pour la première fois. Ce moment clé du film est habilement mis en scène et donne un véritable souffle à la conclusion du récit.
Cependant, certaines séquences, notamment celles impliquant le soldat américain William, semblent artificielles et ajoutées davantage pour leur portée symbolique que pour leur pertinence narrative.
Là où Il reste encore demain touche juste, c’est dans son évocation du quotidien oppressant de Delia et des petites victoires qui lui permettent de reprendre le contrôle de son destin. Mais à plusieurs reprises, le film tombe dans un excès de démonstration. Certaines répliques et situations manquent de subtilité, comme si la réalisatrice craignait que son message ne soit pas compris sans être martelé.
L’émotion est bien présente, notamment grâce aux performances des acteurs et à la beauté de certaines scènes, mais on aurait aimé que le film laisse davantage de place à la suggestion et à l’ambiguïté.
Avec Il reste encore demain, Paola Cortellesi propose une œuvre touchante, portée par un sujet fort et un vrai savoir-faire cinématographique. Le film est indéniablement bien construit, sincère et souvent poignant. Mais il souffre aussi de certains excès qui l’empêchent d’atteindre la puissance qu’il ambitionne.
Il s’agit d’un film important et bien réalisé, qui mérite d’être vu, mais qui aurait gagné à être un peu plus nuancé et un peu moins démonstratif.