Couronné de la Palme d’or et de l’Oscar du meilleur film, Anora n’a pas volé son avalanche de récompenses, même si, comme toujours, cela reste une affaire de goût — d’autres films auraient pu prétendre à ces honneurs. Mais il faut reconnaître que Sean Baker signe ici un film aussi audacieux qu’entraînant, porté par une héroïne qui risque fort de s’imposer durablement dans l’imaginaire collectif.
Le film repose sur une idée simple, presque classique : la rencontre entre Anora, stripteaseuse new-yorkaise haute en couleur, et le fils d’un oligarque russe, aussi riche que paumé. Ce point de départ donne lieu à deux actes très distincts. Le premier, une romance urbaine et effervescente, presque légère, laisse peu à peu place à un second temps beaucoup plus tendu, flirtant avec les univers de Tarantino et des frères Coen, où les retournements de situation fusent et où la comédie noire n’est jamais loin.
Mais ce qui rend Anora inoubliable, c’est son personnage principal, et l’interprétation incandescente de Miley Madisson. Elle est le cœur battant du film, et probablement la meilleure idée de casting de l’année. Avec une intensité rare, elle incarne une jeune femme à la fois flamboyante, excessive, émotive, combative — toujours dans l’excès, dans la vie comme à l’écran. Qu’elle charme, qu’elle hurle ou qu’elle aime, elle est toujours à 100 à l’heure. Son charisme explose littéralement à l’écran.
L’histoire, au fond, est assez simple, mais ce n’est pas là que réside l’intérêt du film. C’est dans sa mise en scène nerveuse, sa galerie de personnages secondaires décalés, son énergie brute, et surtout dans cette capacité à capter l’air du temps, à dresser le portrait d’une héroïne déjà culte.
Du grand et du beau cinéma, populaire dans le meilleur sens du terme.