Soyons honnête, ce film ne mérite pas l'oscar. "Anora" n'est pas un mauvais film, mais ce n'est pas non plus un film incroyable comme pouvait l'être "Oppenheimer". L'histoire est simple : une stripteaseuse vivant une vie difficile dans les quartiers défavorisés de New-York fait la rencontre d'un client qui s'avère être le fils d'un oligarque russe. Flairant une opportunité, elle va séduire le fils de cet oligarque qui s'avère être aussi idiot que riche. Et là déjà, le film s'éloigne d'une bonne opportunité : mettre en scène une romance touchante entre deux personnes venus de mondes radicalement différents mais qui affrontent ensemble l'adversité. C'est le scénario auquel je m'attendais, le film s'avère raconter l'exact opposé. Ivan, le fils de l'oligarque, s'avère être un imbécile sans aucune profondeur qui, sur un coup de tête, va demander l'héroïne, Ani, en mariage, lui offrant une vie de luxe et d'abondance auquel il est difficile de renoncer. Mais Ivan faisant partie de l'aristocratie russe, ses parents ne peuvent accepter une telle union et de là part le vrai récit. "Anora" est donc une oeuvre qui n'entend pas laisser place à la romance.
Il s'agit d'un film cru mettant en scène la vie des travailleuses du sexe mais plus que ça la réalité séparant ce monde du monde de l'aristocratie russe. Le film tourne autour de l'impossibilité du mariage entre deux mondes ce qui n'est pas une mauvaise idée en soi. Mais voilà, c'est mal amené. La réalisation est bonne tout comme le jeu d'acteur bien que, désolé mais pas désolé, Mikey Madison ne transcende pas l'écran comme les critiques l'ont laissé entendre. Elle joue bien, pas au point de mériter l'oscar selon moi. Toute la première partie du film montre sans concession une relation vide tournant autour du sexe et des abus et ce n'est que lorsque les gardes du corps d'Ivan apprennent le mariage que le film démarre réellement. Les scènes s'enchaînent à un rythme effréné et le comique est au rendez-vous, tout comme l'absurde. La menace des parents d'Ivan, faisant le déplacement de la Russie pour récupérer leur fils, plane tout au long du film sur les protagonistes et une fois qu'ils apparaissent, c'est la déception. En effet, alors que l'on s'attendait à voir un Tywin Lannister et une Olena Tyrell, on se retrouve face à un père qui se fout de cette situation et qui finit par en rire et une mère dont le potentiel n'est pas montré.
Les personnages secondaires sont droles et attachants, surtout Igor et le prêtre, mais ne rattrapent pas le fait que ce film est trop long pour ce qu'il raconte (trop de scènes de sexe qui ne servent à rien). Le personnage d'Ani est chiant à dire "fuck" dans toutes ses phrases. Le final, cependant, met en scène la chute du personnage principal qui finit par réaliser qu'elle ne possède plus rien si ce n'est son corps et qu'après avoir connu le luxe, elle finit là où elle a commencé, dans le quartier pourri de Brooklyn où elle a toujours évolué. En ce sens, "Anora" est un film tragique et ce final aurait pu être grandiose si des scènes chargées émotionnellement avaient permis d'approfondir le personnage d'Ani et son passé. Son background étant totalement occulté, il n'est pas possible de ressentir pleinement sa souffrance dans cette scène finale.
En conclusion, "Anora" est un film racontant une histoire sans concession mais qui n'est pas développée suffisamment. L'oscar du meilleur film n'est pas mérité et "Emilia Pérez" aurait, en fin de compte, peut-être du l'avoir.