Anora suit une jeune femme de Brooklyn entraînée dans une relation aussi soudaine que vertigineuse avec un homme issu d’un monde bien plus riche que le sien. Un film vif, drôle et progressivement amer, que j’ai beaucoup aimé pour son énergie, son regard sur les rapports sociaux et sa manière de jouer avec l’idée du conte de fées.
Avant de le voir, il faut avoir en tête que le film s’inscrit dans la continuité du cinéma de Sean Baker, souvent attaché aux personnages en marge. Tourné principalement à New York, autour de Brighton Beach, Anora garde un ancrage très concret dans ses lieux et ses milieux. Il vaut donc mieux l’aborder comme un récit mouvant, entre comédie nerveuse, chronique sociale et portrait de personnage, plutôt que comme une romance classique.
Le film explore avant tout l’illusion du conte de fées social. Il montre comment l’argent peut donner l’impression d’ouvrir toutes les portes, alors qu’il sert surtout à rappeler qui possède réellement le pouvoir. Derrière l’élan romantique, Anora parle de classe sociale, de domination et de reconnaissance.
Le récit s’intéresse aussi au travail du sexe, à la dignité et au besoin d’être reconnu au-delà des apparences. Anora connaît les règles de la transaction et sait se défendre, mais le film montre aussi que cette assurance n’efface pas sa vulnérabilité. Derrière le chaos, il questionne la manière dont une personne peut être réduite à une fonction, une image ou un problème à régler.
J’ai beaucoup aimé Anora. Les acteurs sont excellents, avec des personnages qui existent vraiment, y compris les secondaires. Le film dégage une énergie narrative remarquable, avec un mélange de tons très réussi entre comédie, tension, chaos et émotion. J’ai aussi apprécié sa mise en scène, à la fois réaliste et très cinématographique, ainsi que sa portée émotionnelle progressive.
Toutefois, la deuxième partie peut paraître un peu plus étirée. Certains personnages secondaires ont aussi un côté légèrement caricatural, assumé par le registre presque burlesque de certaines scènes. Enfin, le scénario reste parfois assez attendu dans sa trajectoire, même s’il la traite avec énergie et sensibilité.
Au final, Anora propose une variation nerveuse, drôle et amère sur le conte de fées moderne, les rapports de classe et le besoin de reconnaissance. Un film très vivant, parfois un peu étiré, mais porté par une énergie rare et une émotion qui finit par s’imposer.