Le meilleur Sean Baker pour ma part. Anora n'est pas seulement un compte de "Cendrillon inversé" comme l'on pourrait penser à première vue. En effet, il parle de l'histoire d'une femme, Ani, prostituée, qui tente d'écrire son histoire dans un monde qui monétise absolument tout. Ce film nous compte sa rencontre avec Ivan, jeune héritier russe immature, accroc aux achats compulsifs. Il présente un regard quelque peu vide, reflétant un personnage plutôt creux, sans réelle profondeur et qui représente la superficialité de l'argent. Dans le monde d'Ivan, tout brille, tout est coloré, tout est joyeux, ce qui entre en contraste avec le monde gris d'Ani. Ce qui se passe entre Ani et Ivan est loin d'être une romance. Ani le sait, mais elle espère, elle y croit. Le problème est qu'Ivan est un personnage inachevé, il n'est pas méchant mais représente une innocence et immaturité toxique causée par l'argent. Ce qui est critiqué dans ce film est que l'on ne connait pas réellement le personnage d'Ani. On ressent sa profondeur mais l'on ne connait pas son passé, son caractère et ses aspirations. Je pense pour ma part que cela représente la réalité de toutes ces filles oubliées. Ces minorités que l'on vient voire par intérêt et que l'on oublie la minute ou l'on s'en va. En réalité, personne ne s'intéresse à ces filles et c'est cette dure réalité que Sean Baker représente à travers ce personnage ambiguï qu'est Ani.
La fin conclut somptueusement ce film à mon goût. En effet,
pendant tout le film, Sean Baker entretient l'idée qu'Ani pourrait échapper à sa condition, que ce soit par un compte de fée grotesque avec Ivan, ou par la suite par une issue plus réaliste, lorsque le mariage s'écroule, et qui est l'obtention d'argent, ou finalement peut être par une complicité réelle avec Igor, personnage secret mais qui reflète la gentillesse tout le long du film et qui s'intéresse réellement à Ani. Finalement, Sean Baker tranche net, elle ne repart avec rien. Pas de gain matériel, pas de prince, pas d'amitié. Dans la dernière scène, Ani donne son corps à Igor pour obtenir reconnaissance et attention. C'est finalement le seul mode de relation qu'elle connait. Et tout d'un coup, les larmes d'Ani coulent à flot, brisant l'ironie et l'énergie qu'elle portait tout le film. Pas de dernière pirouette ironique, pas de lueur d'avenir. Ani retourne à sa condition, à cette dure réalité ou personne ne viendra la chercher, personne ne viendra la sauver, elle sera seulement condamné à rester là toute sa vie. Le générique se lance alors que nous sommes encore figé dans les pleurs d'Ani.