"Anora" a fortement fait parler de lui en 2024, raflant plusieurs récompenses, et un joli box office de 60 millions de dollars (au vu de son budget 10 fois moindre). J'arrive donc après la bataille, néanmoins cela me permet de découvrir le film sans la frénésie qu'il y a eu autour.
Ca commence comme un conte de fée amer. Stripteaseuse talentueuse mais pauvre, Anora rencontre Ivan, le fils totalement immature d'un oligarque russe. Quelques parties de jambes en l'air rémunérées, des fêtes qui s'enchaînent, et patatra la voilà mariée à ce jeune irresponsable plein aux as. Jusqu'à ce que la famille n'ait son mot à dire...
Le film a le mérite de déjouer en permanence les schémas établis et les clichés. Anora n'est pas la gentille prostituée méprisée façon "Pretty Woman", ni la fille complètement vulgaire. C'est une jeune femme opportuniste, qui saisit sincèrement la chance qui lui est tendue, en ayant guère de sentiment pour son riche mari... et davantage pour sa situation. Elle est incarnée avec beaucoup de fougue par Mikey Madison, qui s'investit complètement et apporte beaucoup de fraicheur. Pour l'anecdote, l'actrice fut choisie par Sean Baker sans audition, le rôle fut écrit pour elle, et elle a réellement appris le russe et assuré ses propres cascades !
Ivan apparait immédiatement comme le fils à papa paresseux, fêtard, et arrogant, particulièrement antipathique. Mais il ne sera en réalité pas tant présent dans le récit une fois le premier acte terminé. Le film se focalisera plutôt sur les "employés" de ses parents. Des hommes rustres, peu compétents, qui peinent à s'imposer devant la frêle Anora. Tandis qu'ils seront, comme elles, ramenés au statut de larbin devant les tout puissants.
Avec en prime des thématiques touchant aux différences (extrêmes) de classes ou au travail du sexe, tout cette histoire aurait pu être sombre et difficile. Mais il n'en rien, Sean Baker choisissant de jouer régulièrement la carte de l'humour et de l'humain. Les personnages défaillent régulièrement, perdent leur moyen, n'énervent devant des situations ubuesques.
Je dois avouer avoir ressenti quelques petites longueurs dans l'acte central de recherche de l'un des personnages, ou dans des conversations cacophoniques qui s'étendent un poil trop à mon goût.
Toutefois "Anora" reste un joli film d'auteur, drôle, amer, et porté de de très bon comédiens.