ANORA de Sean Baker
Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, il y a urgence à découvrir Sean Baker, dont le dernier film qui a remporté la palme d’Or au dernier festival de Cannes sort en salles.
Ce réalisateur talentueux peut finalement tourner un film avec n’importe quoi, du moment qu’il puisse filmer, même avec un iPhone 5. Tangerine aura été le meilleur film de mon été, qui fût bien peu attractif au niveau cinéma.
On retrouve dans Anora les thèmes chers au réalisateur, son amour des petites gens dans les milieux des travailleurs du sexe, sur fond de comédie sociale à l’opposé du rêve américain.
Anora est une jeune femme, danseuse érotique dans un club. Parlant le russe, elle doit s’occuper d’Ivan. Le jeune homme, fils d’un oligarque russe immensément riche est aussi fêtard qu’inconséquent. Il achète ses services pour une semaine. Anora éblouie, croit voire en lui un possible prince charmant. Entre fêtes enivrées, sexe et jeux vidéos, les 2 jeunes gens finissent par s’épouser à Vegas. Les parents l’apprennent et déboulent de Russie.
Le film est construit en deux parties, celle de l’illusion d’un avenir meilleur pour Anora et celle du désenchantement.
Le film est souvent hilarant, mais aussi bien cruel par le cynisme des parents et de leur rejeton. Seuls Igor et Anora, possèdent des valeurs morales. Sean Baker par son regard sur les très riches porte ici une critique acerbe sans concessions.
Le personnage de la jeune femme est purement Bakerien dans l’énergie joyeuse et fougueuse déployée à l’écran dans la première partie. Mais c’est l’acteur qui interprète Igor, Yura Borisov, en homme de main, déjà remarquable dans Compartiment N°6, qui m’aura le plus émue. Il n’est pas dupe de ce qui se joue pour la jeune femme, lui aussi de petite condition, et fait son possible pour l’aider. L’acteur est réellement captivant dans ce qu’il parvient à véhiculer à l’écran par sa force tranquille et l’intensité de son regard.
On ne peut s’empêcher de penser dans l’ambiance du film à certains chapitres du sublime roman de Donna Tartt « Le chardonneret », et c’est heureux.
Contrairement à certains, je n’ai pas trouvé de longueurs dans Anora qui m’a embarquée.
Sean Baker est un habitué des belles récompenses cinématographiques, et Anora ne démérite pas dans les promesses qu’il réserve. Quant à savoir s’il s’agit du meilleur film du réalisateur, je n’en sais rien, je les ai tous énormément aimé
Anora (. 2h19) de Sean Baker avec Mikey Madison, Mark Eydelshteyn, Yura Borisov