”Anora” ou ”Ani” voilà le nom de la Palme d’Or 2024. Énormément d’attentes au vu de la belle petite filmographie de Sean Baker.
Alors la grande question que tout le monde peut se poser est, est-ce-que c’est un prix mérité ou non ? (Au vu de la note vous avez déjà une petite indication).
Anora c’est le combat de toute une vie. Le combat d’une jeune femme réduite à sa fonction de stripteaseuse, réduite à un simple objet de plaisir, qui essaye en vain d'exister dans ce monde de pure torture.
Cette rencontre avec Ivan va tout changer. Fils de parents fortunés, Ivan fera découvrir à sa chère Anora tous les plaisirs, les fantasmes du pouvoir. Les deux vivent une relation express qui jouit d’un mariage improvisé à Vegas, un certain symbole de ce fameux rêve américain. Le pouvoir nous rend instantanèment aveugle. C’est à partir de là que les ennuis commencent…
Bref, après 45 premières minutes pour le moins explosif, ultra-rythmée, narrant plusieurs semaines, Anora va donner, lors d’une des nombreuses scènes de sexe avec son Ivan, un conseil celui de ralentir pour que le plaisir ressenti soit encore plus fort et merveilleux. C’est ce qui va se passer lors des deux tiers restants du film et oui effectivement cela sera encore plus jouissif.
Un deuxième tiers où c’est le pouvoir qui nous confine. La partie de plaisir est terminée pour Anora qui a retrouvé la vue de la réalité. C’est une travailleuse du sexe et elle le restera à vie du moins cette étiquette lui sera toujours attribué. Impossible pour elle de gravir les échelons, elle est condamnée à ce rôle.
Une des choses que je mentionnais précédemment c’est ce temps, cette durée pour l’acte sexuel par exemple. Dans un monde où tout va très rapidement, les clients se suivent et se ressemblent, les rencontres pouvant s’enchaîner, on ne s’intéresse plus vraiment à l’autre. Ce n’est que la beauté extérieure, qui nous admire et non ce qui a au plus profond de l’être humain. Prenons le temps de faire connaissance, prenons le temps d’admirer les yeux, la bouche, les mains, les poignets… de notre partenaire. Admirons !
Ce qui est à noter et qui m’a assez intrigué aussi c’est l’utilisation des prénoms. Certains utilisent des noms différents. Ani pour Anora, Vanya pour Ivan notamment. Finalement comme si chacun avait honte de sa propre existence. Il y a le cas d’Igor dont son prénom est parfois moqué mais lui il ne l'a pas changé, il n'a pas voulu une nouvelle identité, il est fier d’être ce qu’il est, il est fier de son indépendance et il veut la garder à tout prix. Justement c’est peut-être la recherche principale de tous ses personnages une simple indépendance par rapport à ce pouvoir qui les emprisonne et qui les empêche de vivre leur intimité tranquillement en toute liberté. Le sexe un des plus grands symboles de liberté ?
Bref, le film navigue de manière extrêmement fluide et alterne intelligemment les genres, nous faisant vulgairement hurler de rire ou nous consternant affreusement.
Le casting est franchement très bon avec une excellente révélation celle de Mikey Madison, un grand rôle. Le jeune Timothée Chalamet russe est tout aussi exquis mais aussi insupportable (vous comprendrez). Tout le monde est formidable, comique et détestable pour certains d'entre eux.
Au final, il y a tellement de choses encore à raconter sur cette Palme d’Or qui oui est une Palme amplement méritée mais pas ma préférée je vous l’avoue.
En tout cas chapeau Sean Baker pour nous avoir offert ce si grand film qui nous donne un sacré plaisir !