Initialement frustré (comme beaucoup de spectateurs) par l'absence de la moindre clé que le réalisateur aurait pu nous fournir pour nous aider à comprendre son film, ou à tout le moins savoir dans quel registre d'histoire (thriller, fantastique...) il a voulu nous emmener, à l'instar d'un David Lynch et de sa mécanique de temps cyclique facilement identifiable, j'ai finalement compris que Hallow Road est peut-être un des films importants de ces dernières années.
En réalité, le réalisateur a pris un risque important mais néanmoins calculé en ne nous laissant aucun des cailloux blancs habituels capables de nous sortir de notre frustration. Difficile donc de savoir s'il faut donner aux événements relatés dans ce film une explication rationnelle ou teintée d'irrationnel voire de fantastique... En première analyse, le film divise, et déçoit.
Pourtant, tout comme Jean Giono nous a livré l'explication de son roman a priori peu enthousiasmant à lire avec son titre "Un Roi sans divertissement", le réalisateur Babak Anvari nous livre son intention dans ce film dès s
es premières secondes, sous la forme d'une douce ritournelle, quelque peu insidieuse, qui s'imprime subtilement dans votre esprit, et que d'aucuns auront reconnu comme étant le titre "Behind the Wheel" du groupe Depeche Mode.
Anodin me direz-vous ? Pas vraiment, vous répondrai-je, surtout lorsqu'on connait les paroles de ce titre, qui parlent du fait de s'en remettre à quelqu'un d'autre, son partenaire, sur tous les aspects de sa vie et ainsi donner à cette personne le contrôle et le choix. Ça y est ? Vous y êtes ?
Pas vraiment non plus, lorsqu'on réalise que cette mélodie est le thème musical central (et unique ?) de ce film, qui survient dès les premières secondes de la première scène, celle de la description de l'intérieur du logement, comme pour mieux nous préparer à ce qui va se produire, puis revient dans les dernières secondes du film comme une conclusion qui nous dit presque : "Et voilà le résultat... On vous avait prévenus !"
Au fond, peu nous importe maintenant de savoir si la clé du récit est rationnelle ou fantastique, car l'intention de son réalisateur n'est pas là. Ce sont les failles décisionnelles des individus et plus particulièrement la descente aux enfers d'un couple, les sensations de culpabilité rejetées sur l'autre, l'incapacité à assumer certains de ses actes que ce film-idée interroge et pointe en permanence.
Au fond, lorsqu'on revoit cette bouteille vide sur la table de la salle à manger et le père de famille affalé endormi sur la table de son bureau dès les premières secondes du film, tandis qu'il déclarera plus tard n'avoir rien bu, donnant donc à penser que son épouse seule à bu, alors qu'elle même prendra le volant plus tard, on est en droit de se demander si nous avons à faire à des individus rationnels, capables d'un discernement et de jugements objectifs ou à deux individus qui se mentent à eux-mêmes et sont dans un délire qui pourrait confiner à l'hallucination collective post-alcoolique, tandis que leur propre fille est semble-t-il sous l'emprise de stupéfiants.
Comme indiqué ci-dessus, le réalisateur ne se préoccupe pas vraiment du niveau d'interprétation que vous voudrez accorder à ces détails. Lui, ne s'intéresse qu'à l'essence même de ce qui doit être considéré dans ce film : les responsabilités de chacun dans leurs propres vies et celles des autres. Alors, ne vous trompez pas de sujet en regardant ce film... car en gros, il pose seulement une question et vous laisse le soin d'y répondre : qui tient le volant et conduit vraiment dans nos vies ? Pas facile, hein ? Vous n'imaginiez pas non plus qu'on vous macherait le travail et que ce film serait intitulé "Behind the Wheel" ?