Ce soir, à l’Utopia, j’ai vu Les Esprits libres, de Bertrand Hagenmüller .
Face au brouillard d’Alzheimer où les noms s’effacent, où les visages se mêlent au vent, où le temps cesse de suivre le calendrier pour se replier dans des plis de mémoire, il oppose une joyeuse débrouille, une insurrection douce du quotidien.
Comme le dit Didier dans un éclair de génie capté dans le film : Ah ! La débrouille contre le brouillard c'est une bonne idée … Si, à l’effacement, on répondait par l’invention ; à l’oubli, par la main tendue ; au déséquilibre par la danse, à l'anxiété par la présence nue, celle du regard, du chant, du rire, de la peau.
Il y a là, dans ces gestes fragiles, ce que nos sociétés pressées oublient trop souvent : qu’exister, ce n’est pas performer, mais demeurer en lien ; que vivre ensemble, ce n’est pas gérer, mais accueillir.
J’ai pensé à Flore (film sorti en 2014) , déjà, qui ouvrait cette même brèche, et laissait passer un peu de lumière.
Et j’ai pensé aussi à Nicole Poirier, à Trois-Rivières, qui, au cœur du Québec, a transformé un lieu de soin en lieu de vie, en chant, en fête, en mémoire partagée.
Car la maladie ne tue pas seulement les cellules : elle défait les récits. Et c’est bien pourquoi il nous faut, à notre tour, raconter autrement — par le cinéma, par l’art, par l’audace.
Non pour nier la perte, mais pour lui opposer une forme de beauté.
Peut-être est-ce cela, être un esprit libre : ne pas fuir la brume, mais y allumer un feu.