Un film court, bucolique et minimaliste, qui démarre par la vision poétique d'une salamandre fluo. On sourit. Je pense à "Délivrance": un groupe soudé part faire corps avec une nature éclatante. Une légère brise, le soleil, les papillons dans la forêt.
Sauf que.
Ça sonne faux.
D'abord on se demande pourquoi Sam part en rando tout un week-end, avec son daron et le pote de ce dernier, délaissant Jessie. N'a-t-elle rien de mieux à faire à 17 ans, surtout qu'elle a ses règles.
Ensuite, on se demande pourquoi "Good one". Que signifie ce titre: la bonne fille, okay, mais encore.
Enfin, on se doute qu'elle va se faire piéger. En même temps, l'instinct nous préserve. Bien trop simpliste. Alors quoi ?
Je ne peux répondre à aucun de ces pourquoi, ce serait spoiler. La réponse aux deux premières interrogations nous est fournie d'emblée. Sam est une gentille fille, a good one. Même si ce n'est pas satisfaisant.
Sam est une si gentille fille, que la vraie révélation peut, contre toute attente, se produire plus tard, au creux des bois, après une nuit sous la tente sur les deux programmées dans les Catskills, et tout dévaster. Quant à l'étau qui se referme sur Sam, que dire.
Une histoire simple et redoutable. Qui, dans son écriture, m'a fait penser aux intrigues subtiles et à l'économie de mots des premiers romans d'Amélie Nothomb, véritables coups de poing dans l'estomac sous une apparence de conte.
Le danger n'est pas perceptible, surtout quand il surgit à l'intérieur. L'homme imbu et sans scrupule entend rivaliser avec la forêt, tout en utilisant cet environnement, a priori hostile, au service de son pouvoir. Rien que ça.
Sam est une gentille fille, seule face au patriarcat. Un modèle de pouvoir dont on pourrait se dire qu'il est en voie d'extinction à force de révélations. La vérité, c'est que peut-être ne le sera-t-il jamais. Car ce modèle dominant, celui précis d'autorité familiale, n'en finit pas de surprendre et de se renouveler. India Donaldson en propose une version tout en douceur mais tellement pernicieuse. Une version banale, qui passerait encore presque inaperçue, d'un spécimen si invulnérable, décapant et sentencieux, qu'il pense pouvoir toujours tout régler à coups d'humiliation, de culpabilisation et d'une logique donnant-donnant exécrable: on efface tout, en échange d'un peu de ces choses matérielles et financières qui constituent ma panoplie.
L'actrice, Lily Collias, est divine : une beauté profonde et sensible ; une interprétation sincère et délicate, à la fois naïve et mature. Sam est aussi fraîche que la rivière, une fraîcheur que l'on aurait souhaité inaltérable.