Le loup des steppes pourrait commencer là où se termine le roman de Hesse. Hailer dans son théatre magique choisirait la porte d'un monde où tout disparait et où peut se réaliser l'aventure de l'homme débarrassé des conventions du monde, le monde de l'apocalypse, de la guerre civile. Mais que resterait-il de cet homme ? Un loup prêt à épouser toutes les circonvolutions d'un monde de chaos, le personnage, joué par le génial Berik Aytzhanov, part, non chercher une réconciliation, mais trouver sa propre fin. Epouse t'il la cause du monde par nécessité ? Quelle serait cette nécessité ? Le film ne va pas répondre, et pour éviter toute psychologie il va placer sur le chemin de cet auxiliaire de police hystérique, un antagoniste parfait. Là aussi ce dédoublement renvoi à Nietzche et à Hesse. La figure de l'enfant/femme, sainte ou idiote, est l'autre partie d'une humanité qui peut rejouer la pureté de l'innocence. Ces archétypes irriguent le film d'un sous texte pervers, qui force la logique du cinéma comme moral vers une forme de nihilisme. En cinéaste intelligent et sûr de ces moyens Adilkhan Yerzhanov les fusionnent, en filmant un couple invincible, incarnant la vengeance et la sainteté, mais surtout dans ses meilleurs moment leur contagion. Rien que par son rapport au livre de Hesse, le film de Yerhanov est déjà d'une belle écriture. Sa mise en scène est tout autant au diapason. Comme Léone, chaque plan est habité d'un geste, d'un hors champs, d'une géométrie, qui expose des contrastes (goût de l'absurde). Et même si toute une symbolique peu inspirée (mais relativement cool) lui pend au cou, ainsi qu'un survivalisme cruel très programmatique (nécessaire au genre ??), le fait prendre une route balisée à maints égards, il reste un chef d'oeuvre du genre.