Tarik Saleh a conçu son film comme une "lettre d'amour au cinéma égyptien" des années 50 à 70. Fasciné par cette période qu’il décrit comme l'âge d'or du cinéma en Égypte, le réalisateur a voulu explorer cette époque où le pays était le "troisième producteur mondial de films". Cette passion pour l'industrie cinématographique égyptienne a inspiré le contexte du film, mêlant glamour et intrigue politique.
Tarik Saleh retrouve Fares Fares pour ce projet, confirmant une collaboration fructueuse entre le réalisateur et l'acteur après de grands films comme Le Caire confidentiel ou La Conspiration du Caire. Leur complicité à l'écran se ressent dans cette nouvelle aventure cinématographique. Fares interprète George Fahmy, un personnage complexe, permettant à Saleh d'explorer une fois de plus les dilemmes moraux dans des contextes socio-politiques intenses.
George Fahmy, le protagoniste incarné par Fares Fares, est conçu comme un personnage ambivalent, reflétant "une rectitude : il ne ment jamais", en contraste avec le pouvoir omniprésent. Saleh s'intéresse à ce paradoxe central qui anime l'histoire, entre une façade publique éclatante et des vérités intérieures troubles. C'est cette dualité qui alimente la tension dramatique tout au long du film.
Le récit du film s’articule autour de la réaction viscérale des Égyptiens aux films, une idée née des propres expériences de Tarik Saleh en "université des Beaux-Arts d'Alexandrie". Saleh voulait capturer cette même intensité émotionnelle avec ses personnages et son public, traduisant l'enthousiasme collectif pour le cinéma en une composante centrale du film.
Dans la création de ses décors et de son atmosphère, le réalisateur a puisé son inspiration dans les films noirs et les œuvres des cinéastes européens réfugiés à Hollywood. En évoquant des réalisateurs comme Billy Wilder et Fritz Lang, Tarik Saleh a cherché à insuffler une esthétique sombre et mélancolique, apportant une profondeur psychologique aux personnages.
Un des thèmes centraux du film est la "relation complexe qu'entretient l'artiste avec le pouvoir et l'argent", un sujet déjà exploré par Tarik Saleh à travers ses propres expériences avec des gouvernements variés offrant une "liberté artistique totale". Cette perspective personnelle enrichit le film d'une tension palpable, où les décisions artistiques se mêlent aux considérations éthiques.
Les films de Tarik Saleh s’articulent généralement autour d’un lieu symbolique. Le poste de police pour Le Caire Confidentiel et la cour de l’université pour La Conspiration du Caire. La clé de voûte des Aigles de la République est la parade militaire. Il explique : "Je l’ai conçue telle qu’elle se déroulait encore en 2015. J’ai tendance à croire que l’Égypte est restée bloquée le jour où l’on m’a jeté dehors."
"Je n’y ai pas mis les pieds depuis une dizaine d’années et je sens bien que, dans ma tête, j’en garde une version fantasmée. En tournant, je me suis rendu compte que Le Caire était, comme Hollywood, figée dans le temps. Même si la ville semble évoluer, elle reste fidèle à elle-même. À un état d’esprit. Vous aurez beau essayer de la changer, elle finira toujours par vous engloutir."