En eaux troubles
Tout est original dans ces 110 minutes de thriller réalisées par l’espagnol Alberto Rodriguez auquel on doit l’excellent polar La Isla minima en 2015. Antonio et Estrella sont un frère et une sœur dont le destin est uni à la mer : il est scaphandrier, elle étudie les fonds marins et aide son frère sur le navire où il travaille. Bien qu'il risque sa vie tous les jours, sa situation financière est tendue, mais cela pourrait changer quand il trouve une cargaison de cocaïne cachée dans la coque d'un cargo coulé dans le port de Huelva. Oui, je le répète, tout est original dans ce film : le cadre – un port industriel -, le milieu des scaphandriers, - sans romantisme aucun car on s’intéresse ici à des plongeurs qui agissent pour des opérations de maintenance sur les coques de cargos -, et le couple central constitué d’un frère et d’une sœur -. Et c’est curieusement tout ce qui fait le sel de cette histoire car l’argument du thriller, lui, n’a rien de vraiment nouveau. Un excellent film à voir sans tarder.
Le réalisateur s'empare avec gourmandise qu'une profession méconnue et à haut risque dont il filme la préparation, les gestes, les risques et la fatigue. Mais très vite, la terre ferme va se révéler aussi dangereuse que les profondeurs pour le frère et la sœur, tous deux cabossés de la vie et qui tentent de s’en sortir par tous les moyens. Leur duo devenant aussi dysfonctionnel que fusionnel. Cette union fragile et tourmentée mise à l'épreuve, ainsi que celui d'un environnement industriel et social marqué par la précarité, font toute la singularité de ce très beau moment de cinéma. Un thriller subaquatique très efficace. La conception des scènes sous-marines relève de la chorégraphie. Les décors de ce port pétrochimique font irrésistiblement penser à Blade Runner. Tout coïncide pour faire de ce film un des meilleurs de cette fin 2025. Et puis, il y a le couple vedette…
Car, le film est dominé par la présence exceptionnelle d’Antonio de la Torre, à mon avis le meilleur acteur espagnol de ces dernières années. Mais ici il trouve en Bárbara Lennie, une partenaire magnifique, déjà à son avantage dans de nombreux films ibériques. On citera aussi le formidable Joaquin Nunez. Jouant sur la suggestion et le hors champ, plus que sur une réelle violence, Alberto Rodriguez nous immerge dans ce thriller à part, ancré dans une Andalousie loin des clichés habituels et capte les moindres hésitations ou malaise de ses personnages, Un régal.