Le film s’ouvre sur une citation de Shakespeare qui prend la défense des réfugiés. Il s'agit du seul texte manuscrit de la main du dramaturge anglais qui nous soit parvenu. Elle est conservée au British Museum. Le réalisateur explique : "À l’époque, plusieurs auteurs s’étaient réunis pour écrire cette pièce autour de Sir Thomas More, et ce que je trouve frappant, c’est que cela montre que nous faisons face aujourd’hui aux mêmes enjeux qu’il y a 400 ou 500 ans. C’est un cycle qui ne s’est jamais interrompu. Pour moi, le film est aussi assez shakespearien dans la manière dont il se déploie."
En parallèle de sa carrière de réalisateur, Brandt Andersen s'implique dans l'humanitaire. D'une certaine manière, ses films sont une extension de ce travail humanitaire, même si ce n'était pas intentionnel : "Je continuerai à m’engager dans l’humanitaire, quoi qu’il arrive dans ma carrière de cinéaste après ce film. Parce que cela enrichit ma vie, et je crois que je peux contribuer à trouver des solutions à certains problèmes. Je ne sais pas toujours lesquelles, mais je dois partir de cette conviction, sinon ce serait trop intimidant de s’y confronter."
Le Passage adopte une structure narrative kaléidoscopique, où des actions infimes peuvent avoir de grandes conséquences. Le réalisateur revient sur ce système façon effet papillon : "c’est un principe auquel je crois profondément. Je le constate partout dans ma vie. Si vous faites preuve de gentillesse envers quelqu’un à un endroit du monde, il se peut que, des mois ou des années plus tard, vous rencontriez quelqu’un d’autre ailleurs, qui connaît cette personne et qui évoque ce geste que vous avez eu. Ces fils invisibles qui nous relient sont extrêmement puissants, mais aussi très fragiles."
Loin des rôles lumineux qui l'ont fait connaître, Omar Sy s'illustre dans Le Passage dans la peau d'un personnage antipathique. La rencontre entre l'acteur et Brandt Andersen s'est faite simplement : le comédien a reçu le scénario via son agent et a souhaité rencontrer le réalisateur. Ils se sont entretenus lors d'un dîner à Paris alors que Omar Sy était en tournage et Andersen en mission avec une organisation non gouvernementale à Lampedusa.
Ce dernier se souvient : "Le courant est tout de suite passé. Nous avons partagé une très belle énergie — nos enfants avaient le même âge et nous avions un désir commun d’améliorer ce qui se passe dans le monde, sur le plan humain. Nous nous sommes vraiment liés autour de cela et sommes devenus très proches. Il a donc été le premier à s’engager sur le film. C’était un collaborateur formidable tout au long du projet, et il est aujourd’hui l’un de mes amis les plus proches."