Le scénario n’est pas de Emmanuel Poulain-Arnaud à l’origine, mais il a été bouleversé en le lisant : l’histoire de ce jeune garçon perdant la vue faisait écho à sa propre histoire marquée par la maladie et la perte d’un proche. C’est ce qui l’a convaincu d’en faire son troisième long-métrage : "Je pense que c’est assez inconscient à la base mais c’est aussi un vrai sujet de fond pour moi : ma famille est liée à ce secteur, (ma mère est déléguée médicale, mon beau-père est médecin), et j’ai perdu mon père très tôt d’une rupture d’anévrisme... C’est évidemment très violent, très choquant et cette brutalité impacte évidemment tout ce que je peux écrire."
Le rôle de Milo a nécessité de longues recherches de casting. Ewan Bourdelles, alors âgé de 17 ans, s’est distingué dès sa première vidéo envoyée : il dégageait un mélange d’humilité et de fraîcheur qui collait parfaitement au personnage.
Passionné de surf dans la vie, comme Milo, il a apporté une authenticité rare. Emmanuel Poulain-Arnaud raconte qu’il avait tellement préparé son rôle qu’il a fallu parfois « déconstruire » certaines de ses idées pour retrouver la spontanéité à l’écran.
Le réalisateur voulait absolument éviter le pathos. Il s’est ainsi inspiré de son propre vécu (un cancer jeune) pour montrer que dans les situations les plus tragiques naissent aussi des moments de comédie et de légèreté : "Lorsque j’ai vécu mon cancer entouré de mes parents c’était bien entendu un gros bouleversement familial mais ça a aussi créé des situations de comédie par la gêne ou les maladresses générées par ce choc."
"L’adaptation à ce genre de situation provoque une comédie humaine et déride les choses... Ça ne rend pas les choses moins ou plus pesantes mais ça laisse la place pour un peu de légèreté."
Avant même l’écriture, l’équipe a travaillé avec l’Institut National des Jeunes Aveugles (INJA). Emmanuel Poulain-Arnaud et Ewan Bourdelles (Milo) ont rencontré des malvoyants, des ophtalmologistes et des psychologues. Ewan a même porté plusieurs jours des lunettes simulant la rétinite pigmentaire.
"On nous a ouvert toutes les portes, me permettant d’interviewer beaucoup de patients d’âges divers, souffrant de différentes pathologies. Cela m’a permis d’imaginer, à partir de leur réalité, la manière dont le gamin de mon histoire allait vivre son propre mal...", se rappelle le cinéaste.
Le tournage s’est installé sur la côte landaise, un lieu cher au réalisateur qui y passait ses vacances. La région a été choisie pour la lumière (« golden hour ») et pour le surf, qui a une place centrale dans le film, notamment via le handi-surf pratiqué par des malvoyants : "C’est un endroit que je connais bien car j’y ai passé certaines de mes vacances, dans les environs d’Hossegor. C’était évidemment idéal pour le surf qui y est beaucoup pratiqué notamment le handi-surf."
"C’est un sport qui s’occupe vraiment des personnes souffrant de cécité : la pratique du surf apporte énormément de choses aux malvoyants, en leur permettant de retrouver de nouveaux sens. Les Landes est aussi une région où la lumière est superbe : le film s’épanouit au fur et à mesure du récit, grâce par exemple à cette fameuse « golden hour » au coucher du soleil que je voulais absolument capter..."
Le casting de Dany Boon aux côtés d'Audrey Fleurot était presque fortuit. Initialement, il semblait impossible d'intégrer Boon dans le projet en raison de son emploi du temps chargé. Pourtant, après avoir lu le scénario dans un train, il a immédiatement accepté, créant une alchimie inattendue avec Fleurot (laquelle a immédiatement accepté le rôle).
Le chef opérateur Nicolas Gaurin a construit un contraste visuel fort : plus Milo perd la vue, plus le film devient lumineux. Cette progression visuelle incarne l’espoir et l’énergie malgré l’obscurité qui gagne le héros : "Nicolas est arrivé très très tôt dans la préparation : dès la lecture du scénario il a commencé à imaginer le style du film. Effectivement, « Regarde ! » devient de plus en plus lumineux, à mesure que Milo plonge dans l’obscurité..."
"Il a été de très bon conseil en me disant quelles scènes devaient, selon lui, se dérouler en intérieur ou en extérieur, de jour ou de nuit. Il a réfléchi au film dans sa globalité. J’ai trouvé ce travail d’analyse extrêmement intéressant et utile : en allant chercher de la lumière on trouve aussi tout l’espoir que porte le film...", précise Emmanuel Poulain-Arnaud.