Après le succès de "Vermines", Sébastien Vaniček part aux États-Unis pour réaliser un film d'horreur mais pas n'importe lequel puisqu'il s'attaque à la franchise culte "Evil Dead". Et honnêtement, j'étais plutôt confiant car, généralement, lorsqu'un réalisateur de genre français part aux États-Unis, ça donne parfois des choses très intéressantes. Et pourtant, Lee Cronin avait déjà mis la barre assez haute avec son "Evil Dead Rise" mais Vaniček parvient à dépasser largement.
Nous ne sommes pas ici dans la suite du précédent, ce sont de "nouveaux" (enfin toujours les démons tirés du même bouquin en gros) antagonistes qui s'installent cette fois au sein d'une famille en deuil. Et, grosse nouveauté pour la franchise, les démons ont un but ! Oui, ce n'est plus simplement le film manichéen avec des démons qui tuent pour le plaisir ; ils s'installent dans cette famille par choix car le grand-père maintenant décédé aurait caché une dague permettant de libérer un corps infecté.
Alors, notons que ça ne change pas grand-chose dans la forme ; c'est toujours assez gore (quoique moins que le précédent j'ai l'impression), les corps sont découpés et démembrés dans tous les sens mais cela permet de suivre un fil conducteur et surtout d'alimenter le lore de la franchise.
De plus, le réalisateur travaille ses personnages, ce ne sont pas de simples victimes, elles ont un passé et pas un passé très clean. D'ailleurs, on a un aspect malsain installé dès les premières minutes, qui s'étend ensuite jusqu'à l’enterrement pour se poursuivre à la scène du repas, notamment grâce à cette famille dysfonctionne. L'héroïne est par ailleurs une final girl à la portée féministe dès le début du film avant même qu'elle n'en devienne une construite par les codes du genre.
Et l'ensemble fonctionne très bien ! Déjà car Vaniček s'amuse énormément avec sa caméra en délivrant des plans magnifiques qui retournent le spectateur autant que ses personnages (je pense notamment à la scène de la salle de bain) et surtout très inventifs. Le réalisateur parvient toujours à se renouveler, en allant chercher des idées nouvelles là où on pourrait s'attendre à quelque-chose d'assez convenu, reposant simplement sur les effets gores.
Une mise en scène qui s'amuse aussi énormément avec les fusils de Tchekhov. Par exemple, un gros plan sur un couteau, un tire-bouchon, un lave-vaisselle ou autre (la scène du repas est brillante) ; on sait que ce sont des objets qui vont à un moment donné se retrouver dans le corps de quelqu'un mais on ne sait ni quand ni comment, ce qui installe une tension constante.
Bref, "Evil Dead Burn" est donc un film avec un vrai fond et qui est magnifique dans sa forme. Que dire de plus ? Sinon que les acteurs sont excellents, en particulier Souheila Yacoub, et que le léger ton comique en partie apporté par la grand-mère est toujours le bienvenue.