Avec TAFITI, Nina Wels propose un film d’animation familial qui prend le temps de raconter, sans céder à la facilité ni au clin d’œil appuyé. Le récit s’ancre dans une tradition classique du conte initiatique, mais l’aborde avec une sensibilité contemporaine, attentive aux émotions et à la construction intérieure de ses personnages. Ici, l’aventure n’est jamais un simple prétexte à l’action, elle devient un cheminement, parfois inconfortable, souvent nécessaire, vers l’autre et vers soi.
Tafiti est présenté comme un jeune suricate profondément marqué par les règles de son clan, des règles transmises comme des évidences vitales dans un environnement hostile. Le désert n’est pas seulement un décor, il est une métaphore constante de l’isolement, de la peur et de la survie. Face à lui, Mèchefol incarne l’inverse apparent, le désordre, l’enthousiasme et l’émotion brute. Pourtant, derrière cette opposition se cache une complémentarité subtile, que le film explore sans jamais forcer le trait. Leur relation évolue par petites touches, au fil des épreuves, laissant la place aux silences, aux doutes et aux maladresses.
Ce qui distingue TAFITI, c’est sa manière d’aborder la différence sans la transformer en slogan. Le film ne cherche pas à expliquer, il montre. Il laisse les situations parler d’elles-mêmes, permettant aux plus jeunes de ressentir et aux adultes de lire entre les lignes. La question de la responsabilité traverse tout le récit, qu’elle soit individuelle ou collective, tout comme celle de l’héritage et du poids des traditions. Grandir, ici, signifie apprendre à choisir, parfois contre ce que l’on a toujours cru juste.
Visuellement, l’animation accompagne ce parcours intérieur avec une grande cohérence. Les jeux de lumière, les variations de couleurs et l’ampleur des paysages traduisent les états émotionnels des personnages sans jamais les surligner. Le rythme, volontairement posé, alterne moments d’élan et temps de pause, laissant respirer le récit. L’humour est présent, mais jamais envahissant, toujours au service des personnages.
Enfin, loin des comparaisons faciles, TAFITI affirme sa propre identité. Il ne cherche pas à reproduire une formule connue, mais à raconter une histoire simple en apparence, riche en nuances. Un film qui assume de faire confiance à son public, quel que soit son âge, et qui rappelle que l’aventure la plus marquante reste souvent celle qui nous transforme intérieurement.