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CREOTIVEMEDIA
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4,0
Publiée le 2 septembre 2026
Le Cri des gardes retrouve un territoire essentiel du cinéma de Claire Denis : celui des rapports de domination, des héritages coloniaux et de la violence qui circule entre les corps avant même d’éclater. Sur un chantier d’Afrique de l’Ouest, la cinéaste installe quelques personnages derrière des grilles et transforme progressivement cet espace en huis clos politique et moral.
Horn dirige un vaste chantier de travaux publics. Il partage une habitation provisoire avec Cal, jeune ingénieur, dans une enceinte réservée aux Blancs et protégée par une double grille. L’arrivée d’Europe de Leone, future épouse de Horn, devrait constituer l’événement de la soirée. Mais un homme surgit derrière les barrières. Il s’appelle Alboury et formule une demande aussi simple qu’inflexible : récupérer le corps de son frère, mort sur le chantier. Il ne partira pas sans lui.
À partir de cette confrontation, Claire Denis et Suzanne Lindon construisent un récit fondé moins sur l’action que sur l’attente. Un homme demande un corps ; ceux qui détiennent le pouvoir doivent décider s’ils acceptent de le lui rendre. Derrière cette situation apparemment élémentaire apparaît progressivement tout un système de rapports économiques, sociaux et raciaux.
Les grilles deviennent naturellement le symbole central du film. Elles prétendent protéger ceux qui vivent à l’intérieur mais matérialisent surtout la séparation entre deux mondes qui occupent pourtant le même territoire. Claire Denis exploite cette frontière physique avec une remarquable précision : celui que les personnages considèrent comme un intrus est aussi celui qui vient leur rappeler une réalité qu’ils préféreraient maintenir à l’extérieur.
Isaach de Bankolé impose une présence remarquable. Son personnage n’a pas besoin d’élever constamment la voix pour devenir le centre de gravité du récit. Son attente, son obstination et son refus de disparaître produisent une tension beaucoup plus forte que n’importe quelle démonstration de violence.
Matt Dillon incarne efficacement une autorité dont l’assurance se fissure à mesure que la nuit avance. Face à lui, Mia McKenna-Bruce apporte le regard d’une nouvelle arrivante qui découvre progressivement les règles implicites du lieu et la violence sur laquelle repose son apparente tranquillité.
La mise en scène refuse toute surenchère. La nuit, les bruits du chantier, les éclairages artificiels et les barrières métalliques suffisent à construire une atmosphère de menace permanente. L’espace paraît vaste, mais les personnages semblent paradoxalement enfermés. Claire Denis filme les distances entre les individus autant que leurs échanges, laissant les silences exprimer ce que les dialogues ne peuvent ou ne veulent pas formuler.
Le corps absent devient alors le véritable enjeu politique du film. Derrière la demande d’Alboury se pose une question fondamentale : quelle valeur accorde-t-on à la vie d’un homme lorsque celui-ci appartient à ceux qui travaillent dans l’ombre d’un système économique dont d’autres récoltent les bénéfices ?
Cette approche volontairement austère pourra dérouter. Le Cri des gardes refuse les explications appuyées et préfère installer une tension lente, parfois inconfortable. Mais cette radicalité correspond précisément à son sujet.
Dense, tendu et profondément politique, Le Cri des gardes transforme une demande élémentaire — rendre un corps à sa famille — en confrontation avec les rapports de pouvoir et les traces persistantes du colonialisme. Claire Denis signe un huis clos nocturne d’une grande maîtrise, dominé par l’impressionnante présence d’Isaach de Bankolé. Un film exigeant, qui fait du silence, de l’attente et de l’espace les véritables instruments de sa violence.
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2,5
Publiée le 20 juillet 2026
Horn et Alboury sont physiquement séparés par une barrière, mais pas seulement... L'un est du bon côté et l'autre, du mauvais. Non pas d'un point de vue du bien ou du mal, mais au niveau hiérarchique, avec l'un qui est supérieur à l'autre. Claire Denis propose une parabole sur le colonialisme et la ségrégation raciale, mais cela se limite à une longue dispute qui manque de tension. L'impressionnant calme d'Alboury contraste avec le comportement de Horn et Cal, qui sont irascibles et à cran. Ils se trahissent eux-mêmes, donc Claire Denis n'a même pas besoin de faire d'effort sur le plan narratif. Le développement de l'histoire est malheureusement faiblard et ne mène à rien de réellement captivant ou intéressant. On reste beaucoup trop proche du texte d'origine de Bernard-Marie Koltès, sauf que le cinéma demande autre chose, notamment au niveau de la mise en scène. Ce n'est pas mauvais grâce aux acteurs qui sont impliqués, mais l'ensemble est finalement assez quelconque.
Adaptation de la pièce Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès, Le cri des gardes se déroule dans l'atmosphère poisseuse et militarisée d'un chantier de travaux publics géré par une compagnie occidentale, en Afrique de l’Ouest. Respectant la règle des trois unités de lieu, d’action et de temps, ce film solidement mis en scène par Claire Denis s'avère un brin trop clinique pour convaincre totalement. Il n’empêche que le personnage mystérieux incarné par Isaach de Bankolé, dont la figure élégante et fantomatique réclame à cor et à cri le corps de son frère supposément mort suite à un accident du travail, porte en lui toute la charge du propos sur les affres du néocolonialisme.
Je n'attends pas d'une œuvre cinématographique qu'elle soit fidèle au texte dont elle s'inspire ou qu'elle adapte car chaque medium artistique a, à mes yeux, ses prérogatives et ses spécificités. Par ailleurs je tiens B-M Koltès pour le plus grand auteur de théâtre de langue française du vingtième siècle que j'aie lu. Il me semble que le film de C. Denis ressort peu à l'art cinématographique et tombe trop dans le piège du théâtre filmé, genre dont je n'ai jamais compris l'intérêt, la force du théâtre résidant fondamentalement en la présence des corps "livrés" au public présents au moment de la représentation. Englués dans des répliques qui les immobolisent les acteurs de ce film ont bien du mal à transmettre des émotions quand leur alter ego y parviennent immédiatement au théâtre bénéficiant de surcroît de la magnifique langue koltésienne... ruinée dans le film de C. Denis par l'usage de l'anglais. Mais pourquoi donc ??? Bref, seul le grand métier de la réalisatrice évite le naufrage complet.
Adaption brillante d'une pièce de théâtre que je ne connaissais pas. Quelques effets de montage un peu maladroit dans les flash back mais une interprétation remarquable de Isaac de Bankolé. Son rôle rejoint un peu sa prestation épurée dans "Muganga". Un film austère et prenant.
Nouveau film de Claire Denis adapté d’une pièce de Bernard-Marie Koltès. On y suit la nuit tragique qui suit la mort d’un ouvrier sur un chantier en Afrique de l’Ouest. Le coeur du sujet est la restitution du corps, alors que celui ci n’a en réalité pas été victime d’un accident… Beaucoup de tension dans les scènes de face à face entre le chef de chantier et le frère de la victime, mais le soufflet retombe à cause de personnages assez inutiles autour.
Ce n'est pas le film de Claire Denis que je préfère mais je ne le regrette pas et j'irai voir sans hésitation ses prochains films. Quand on apprécié une réalisatrice on doit tout voir comme dans une exposition de peinture. L'ensemble donne une image intéressante.
Le cinéma de Claire Denis m'a toujours intéressé notamment de par son rapport qu'elle entretient avec le continent africain.
Si " le cri des gardes " m'a captivé pendant sa première demi-heure, ce qui suit se délite malheureusement peu à peu, au risque de faire passer à la trappe les différentes thématiques qui le traverse ( le racisme, la lutte des classes, la violence...)
Il manque sans doute un regard psychologique plus profond, pour donner une autre ampleur aux quatre et uniques personnages.
Je ne me suis pas ennuyé, mais il y a un manque de finition problématique dans " le cri des gardes " et ses thématiques intemporelles, mais exposées de façon un peu trop sèche. Claire Denis a déjà été mieux inspirée.
Ai vu « Le cri des gardes » de Claire Denis d’après la pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès « Combat de nègre et de chiens ». De suite l’on est époustouflé devant la beauté du cadre et de la photographie d’Eric Gautier. Claire Denis transcende et transforme en sublime décor de cinéma un chantier industriel de travaux public en plein désert d’un pays d’Afrique de l’ouest, avec sa sublime terre rouge et ses containers en tôle pour abris. Ce lieu presque solitaire est entouré de barbelés, de miradors et de gardiens africains armés. Ils protègent une habitation sommaire uniquement réservée aux blancs dans laquelle vit Horn (Matt Dillon) le patron, Leone (Mia McKenna- Bruce) sa jeune fiancée, et Cal (Tom Blyth) un ingénieur. Derrière les grilles, un homme fait le siège et réclame le corps de son frère mort inexplicablement sur ce chantier. C’est Alboury (charismatique Isaac de Bankolé). Unité de lieu, de temps (une nuit) et d’action. Claire Denis signe une oeuvre hypnotique toute en silence, en sueur, en désir, en tension. 4 acteurs pour un tragédie en train de naitre. Grace à une mise en scène superlative et à une exploitation du décor à son maximum, Claire Denis arrive à arracher le texte de sa dimension théâtrale. On est résolument subjugué devant la beauté des plans. Les éclairages et le décor industriel est inquiétant, la nuit envoutante et les rafales de vent annonciatrices d’un drame. Le film est exigeant et dense mais passionnant. La dénonciation du racisme et du colonialisme est présente dans chaque scène et dans les confrontations entre Matt Dillon et le magnifique Isaak de Bankolé. Claire Denis a adapté le texte original pour le mener vers le thriller intimiste en lui donnant plus de concision et de fluidité. « Le cri des gardes » imprime la rétine et l’épiderme du spectateur pendant de longues heures après être sorti de la salle. Un film radical mais un très grand moment de cinéma.
Un film très fort, limite tenable de tension par moments où l’on craint le pire. Isaach de Bankolé est, une fois de plus, majestueux dans son opiniâtreté à vouloir repartir avec le corps de son frère assassiné.
Dans la nuit africaine un homme est immobile devant les barbelés et les gardes d’une entreprise internationale, il ne bougera pas tant qu’il n’aura pas récupéré le corps de son frère. Tué par un expatrié. On sait combien Claire Denis aime l’Afrique et on ne peut que saluer un film qui parle de néo-colonialisme et de racisme. Mais après la manière compte et ici elle peine à convaincre et à plaire, un sujet maximaliste filmé de façon trop minimaliste.
Ce film est censé représenter la confrontation du monde "occidental - blanc" par Horn ( le chef de chantier) et Alboury (censé représenter la communauté Africaine). Hélas le scénario est INCOMPREHENSIBLE où toutes les situations sont caricaturales ! La réalisatrice a un idée très vague, de ce que peut être une "base vie" dans des chantiers internationaux. ( Je connais bien le sujet) Elle résume ça à un empilement de containers ! Tout est HORS sujet ! Tous les personnages blancs sont des caricatures ! Le seul qui s'en sort est Isaac de Bankolé, très digne !!! Bref ce film est une caricature et il est - grave - à côté du sujet ! Pourtant ce sujet méritait mieux !
L'un des meilleurs films de Claire Denis, fidèle au thème récurrent des ambiances troubles en milieu africain, et adaptation à la fois fidèle et personnelle de la pièce de Koltès. Aurait mérité mieux que sa sortie en sortie en salles (presque) en catimini.
Claire Denis tient enfin la promesse faite à Bernard‑Marie Koltès en adaptant Combats de nègres et de chiens, transposé en huis clos nocturne sur un chantier d’Afrique de l’Ouest, entouré de grilles et de miradors. Sans en faire un film « sur » le racisme ou la colonisation, Le Cri des gardes montre comment ils s’infiltrent dans les gestes et les paroles de trois Blancs – Horn, Cal, Léone – pour qui l’Afrique reste surtout une idée et un décor d’aventure. Face à eux, Alboury, interprété avec une puissance silencieuse par Isaach de Bankolé, ne réclame que le corps de son frère pour permettre le deuil et affirmer une dignité minimale. La mise en scène crépusculaire, les plans fixes et la prose acérée de Koltès font surgir l’injustice comme thème central : ce n’est pas tant l’horreur spectaculaire que la normalité scandaleuse d’un système où la mort d’un ouvrier est ramenée à une simple compensation financière. En cela, le film rejoint notre présent marqué par l’intolérance et les conflits, rappelant que l’art n’« explique » pas le colonialisme, mais dévoile les failles humaines qui le rendent possible. Lire l'intégralité de la critique sur le site d'Africultures.