Je suis sorti de *Super Mario Galaxy Le Film* avec un ressenti assez étrange : j’ai souvent été émerveillé seconde après seconde, et pourtant rarement touché minute après minute. Cette suite, sortie le 1er avril 2026, coréalisée par Aaron Horvath et Michael Jelenic, prolonge l’élan du premier film en l’emmenant vers quelque chose de plus cosmique, avec un imaginaire directement lié à *Super Mario Galaxy* et l’arrivée de figures comme Yoshi, Bowser Jr. et Harmonie.
Ce que le film réussit, il le réussit franchement. Visuellement, c’est souvent superbe, dense, généreux, parfois même grisant : il y a du mouvement partout, des couleurs partout, des idées partout, et une vraie envie d’offrir au spectateur un tour de manège permanent. Par instants, on retrouve ce plaisir très enfantin, très immédiat, de voir l’univers Nintendo prendre vie avec un sens du détail qui donne envie de scruter chaque coin de l’écran. On sent aussi que le film a compris une chose essentielle à Mario : l’élan. Ça court, ça bondit, ça rebondit, ça fuse. Le problème, c’est qu’à force d’aller toujours de l’avant, il oublie de respirer. Là où un film inspiré par *Galaxy* pouvait chercher un peu de vertige, de poésie, de douceur ou simplement d’émerveillement silencieux, celui-ci préfère presque systématiquement l’accélération. Il ne nous laisse pas assez longtemps dans ses mondes pour qu’ils existent autrement que comme de très beaux décors traversés à toute vitesse.
C’est d’ailleurs là que se situe ma vraie déception : le film est constamment plaisant, mais trop rarement habité. L’écriture enchaîne les péripéties avec une efficacité presque mécanique, sans toujours donner aux personnages la place nécessaire pour exister au-delà de leur fonction. Mario et Luigi restent attachants, Peach garde son aura, quelques nouveaux venus apportent de la fraîcheur, mais l’ensemble manque de chair. L’humour, lui aussi, fonctionne par à-coups : il y a des sourires, quelques bons gags visuels, mais pas cette vraie folie comique qui transforme une bonne adaptation en film mémorable. On est plus souvent dans la référence, le clin d’œil, la récompense immédiate du fan, que dans une invention durable. C’est très efficace sur le moment ; c’est beaucoup moins marquant une fois la séance terminée.
Ce qui me gêne un peu plus, c’est que le film finit par ressembler à une vitrine de luxe pour la marque Mario plutôt qu’à une aventure pleinement construite. Je comprends très bien le plaisir que beaucoup vont y prendre, et il est réel : l’accueil public est sensiblement plus chaleureux que celui d’une partie de la presse, tandis que plusieurs critiques saluent la richesse visuelle du film tout en regrettant la faiblesse de son écriture et son côté trop frénétique. Mais précisément, c’est ce mélange qui me laisse entre deux chaises. Je ne peux pas dire que j’ai passé un mauvais moment, parce que ce serait faux : c’est rythmé, spectaculaire, souvent charmant, et il y a assez d’énergie pour porter la séance. En revanche, je ne peux pas non plus parler d’un vrai grand film d’animation, encore moins d’une suite qui transcende son matériau. Pour moi, c’est un divertissement sincèrement agréable, parfois éclatant, mais narrativement trop léger, émotionnellement trop pauvre et surtout trop pressé de passer au niveau suivant pour devenir autre chose qu’une belle attraction. J’en garde des images, des textures, une sensation de vitesse, mais assez peu de cinéma.
Spoilers:
Trois ans après le premier carton animé de 2023, Aaron Horvath et Michael Jelenic reviennent avec *Super Mario Galaxy Le Film*, sorti le 1er avril 2026, en allant chercher cette fois l’imaginaire spatial des épisodes Wii, avec Harmonie, les Lumas, Yoshi, Bowser Jr. et un périple intergalactique qui passe aussi par les zones d’ombre du passé de Peach. La réception reflète assez bien le film lui-même : techniquement très séduisant, mais nettement plus discuté sur l’écriture, avec une presse plus tiède que le public et un discours qui revient sans cesse sur le même paradoxe, celui d’un spectacle euphorisant et d’un récit trop mince.
Mon sentiment est exactement là : j’ai pris du plaisir, mais un plaisir incomplet, presque frustrant. Le film est capable de provoquer une vraie montée d’adrénaline visuelle, parce que chaque plan semble pensé pour faire briller l’œil du spectateur, avec des mondes saturés de détails, un sens du mouvement permanent, une envie de transformer la moindre traversée en attraction. On sent qu’il veut donner l’impression de jouer autant que de regarder, et de ce point de vue il remplit très bien son contrat. Mais plus il accélère, plus il s’appauvrit. *Galaxy* dans le jeu, c’était aussi une sensation de flottement, un rapport très singulier à la solitude, à l’émerveillement, à quelque chose de presque mélancolique sous la féerie. Ici, cet aspect est à peine effleuré. Le film préfère l’empilement : une idée, un gag, une référence, une poursuite, une autre idée, un autre clin d’œil. C’est souvent grisant, rarement marquant.
Là où j’ai vraiment décroché par moments, c’est dans sa façon de confondre expansion de l’univers et approfondissement dramatique. Quand le scénario met au premier plan le passé de Peach puis révèle qu’Harmonie lui est liée de manière beaucoup plus intime qu’attendu, il touche enfin à quelque chose qui pourrait donner du poids émotionnel à tout ce déferlement cosmique. Mais le film n’exploite jamais totalement cette piste. Il présente, expose, annonce, puis repart aussitôt ailleurs. Même sensation avec Bowser Jr., avec Yoshi, avec l’idée même d’un Mario projeté dans un cadre plus vaste que le simple Royaume Champignon : tout existe, rien n’a vraiment le temps de résonner. Le sommet de ce problème, pour moi, arrive presque dans les scènes post-générique : voir Fox McCloud surgir, Bowser et son fils enfermés sous la garde de Lumalee, puis Daisy apparaître enfin, c’est objectivement réjouissant pour le fan, mais c’est aussi révélateur d’un film plus excité par ce qu’il promet ensuite que par ce qu’il accomplit ici et maintenant.
Du coup, je me retrouve avec une impression mitigée, mais pas hostile. Je comprends très bien qu’on adore ce film pour son énergie, son gigantisme visuel, ses trouvailles d’animation et sa générosité référentielle ; je comprends tout autant qu’on en ressorte avec la sensation d’avoir vu une machine superbe tourner un peu à vide. C’est un film qui me plaît souvent scène par scène, mais qui me convainc peu comme ensemble. Il y a trop de facilités, trop peu de respiration, trop peu d’émotion durable, et surtout pas assez de confiance dans la force intrinsèque de ses personnages pour qu’ils existent autrement qu’en icônes à lancer d’un monde à l’autre. Je ne dirais donc jamais que c’est raté, parce que ce serait injuste face au travail plastique et au plaisir immédiat qu’il procure. En revanche, je ne peux pas faire semblant d’y voir le grand film d’animation cosmique que son matériau permettait d’espérer. Pour moi, c’est une suite spectaculaire, attachante par éclairs, très consciente de ce que les fans veulent voir, mais trop pressée, trop démonstrative et trop peu habitée pour franchir le cap entre bon divertissement et vraie réussite.