À la fin des années vingt, Eileen Gray, une architecte irlandaise, a construit une petite maison à Roquebrune Cap-Martin. Cette villa avant-gardiste, coincée entre la voie ferrée et la Méditerranée, fut baptisée en mêlant les initiales de son architecte et de Jean Badovici, architecte et rédacteur en chef de la revue "L’Architecture vivante", qui partageait alors sa vie. Mais le couple s’est séparé et Le Corbusier, ami de Badovici, mit main basse sur la maison qu’il adorait, en la recouvrant de fresques qui en dénaturèrent l’apparence et en laissant la postérité lui en attribuer la paternité.
Deux documentaristes suisses ayant suivi la luxueuse restauration qui vient d’être achevée de après que la propriété laissée à l’abandon a été acquise par le Conservatoire du littoral à la fin des années quatre-vingt-dix, ont eu l’idée d’en faire un film. Sa forme est originale. Elle mêle des images tournées sur place qui donnent à voir ce bijou d’architecture et des saynètes théâtrales jouées par trois acteurs interprétant les rôles respectifs de Gray, de Badovici et du Corbusier à partir des textes qu’ils ont laissés.
Le résultat a le mérite de faire connaître ce lieu et son histoire hors normes. Les distributeurs ont jugé bon de lester l’affiche d’une phrase « Une histoire sur le pouvoir de l’expression féministe et le désir des hommes de la combattre » inutilement militante. Un ajout superflu qui n’apporte pas grand-chose à un sujet qui se suffisait à lui-même.
Un documentaire qui s’intéresse à l’architecture, et plus précisément au travail d’une architecte Eileen Gray d’origine irlandaise qui construisit en 1929 sur la Côte d’Azur en collaboration avec un compagnon alibi Jean Badovici (puisqu’elle vivait des liaisons avec des femmes, notamment avec la chanteuse Damia) une maison avant-gardiste, ça éveille forcément la curiosité. Quand en plus le projet prend l’allure à la fois d’une pièce de théâtre et d’une installation d’art contemporain, celle-là est encore décuplée. Le résultat est brillant, cérébral et ludique jusqu’à l’irruption d’un troisième personnage : Le Corbusier, intrigué par la maison (E.1027) qu’il va tant jalouser qu’il finit par recouvrir les murs blancs de ses propres fresques et peintures - ce qui entraînera une grande confusion sur la paternité de la maison qui connaîtra un destin contrasté. Après son délabrement (propriétaires successifs jusqu’à être squattée), elle sera finalement réhabilitée. Interviewée à la fin du film, presque centenaire, Eileen Gray ne paraît éprouver aucun ressentiment vis-à-vis du carnassier et opportuniste architecte star.
Magnifique documentaire sur Eileen Gray et sa maison E1027. La présentation est originale et les images sont superbes. Tous les plans, les éclairages, sont soignés. Le statut d'une femme artiste à cette époque est très bien présenté.
L'univers d'Eileen Gray est adroitement déployé, dans des espaces fictifs et réels, et j'y prends un immense plaisir malgré la dureté de ce qu'elle endure, un talent s'impose qui s'est lassé de chercher une gloire élusive, pour embellir la vie.