Dès la sortie de Petit paysan en 2017, la question du "prochain film" s’est posée. Hubert Charuel et Claude Le Pape ont longtemps hésité avant de revenir à l’univers de leurs courts-métrages (Diagonale du vide, K-nada). Le premier confie : "Cet univers, c’est celui de la ville de Saint-Dizier, l’endroit où j’ai grandi et eu mes premières envies de faire du cinéma. Et toujours parler de personnages dont pas grand monde ne parle."
"Le temps que ça a pris pour l’écrire et le réaliser, c’est celui de trouver le sujet qui nous a fait passer de l’envie à la nécessité de le faire. Une nécessité pour Claude et moi parce que c’est un sujet qui nous touche intimement et qu’on avait, chacun pour des raisons différentes, le besoin de le raconter."
Météors a été présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025. Hubert Charuel et Claude Le Pape sont familiers de la croisette puisque Petit paysan a été montré en 2017 à la Semaine de la Critique.
À l’origine, Météors devait raconter une catastrophe : la chute d’une météorite sur Saint-Dizier. Deux ans d’écriture plus tard, les auteurs ont décidé de retirer la météorite et de garder le reste : l’amitié, la disparition, les poubelles nucléaires et l’alcool. Le film est devenu une « catastrophe intime », centrée sur les personnages plus que sur le spectaculaire.
Le choix du trio principal a été long et incertain. Salif Cissé s’est imposé immédiatement pour Tony, mais Idir Azougli n’a été trouvé qu’après de longues recherches, et Paul Kircher n’était même pas dans la tranche d’âge visée. Finalement, leur rencontre a révélé une alchimie unique, faite de sensibilité et de complicité, qui a porté tout le tournage.
"Tous les acteurs ne peuvent pas « matcher » à ce point. Ils se sont aimés et aidés au-delà de nos espérances. Je me sens très privilégié d’avoir pu assister à ça. Cela nous a tenus tout du long de la fabrication du film", se rappelle Hubert Charuel.
De nombreux seconds rôles sont tenus par des proches de l’équipe : un cousin, des parents, une assistante mise en scène… Cette démarche créait une safe place pour les comédiens, et renforçait l’idée centrale d’entraide et de vulnérabilité partagée.
Le thème de la dépendance traverse le film, mais sans jamais adopter le point de vue du personnage alcoolique, Daniel. Le regard reste celui de Mika, son ami impuissant à l’aider. Ce choix vient d’expériences personnelles des auteurs : tous deux ont connu des proches dépendants. "Le film part de cette expérience-là. C’est comme Petit Paysan : on part de quelque chose de très personnel et on finit par toucher quelque chose de plus grand", précise Hubert Charuel.
La Haute-Marne, dépendante économiquement des déchets nucléaires, est au cœur du film. Hubert Charuel parle d’"un territoire qui s’intoxique pour survivre", miroir des personnages détruits par leurs addictions. Le décor de la "poubelle nucléaire" a été recréé dans une ancienne base aérienne près de Reims, avec ses bunkers souterrains qui renforçaient l’aspect science-fiction.
Météors mélange volontairement les genres : comédie d’amis, drame social, thriller, puis mélodrame assumé. Les références sont multiples, de Drive à Terminator 2, en passant par Rain Man ou Le Cercle des poètes disparus. Mais l’influence la plus présente est celle de James Gray, notamment dans l’importance de la nuit, des intérieurs fragiles et des séparations.
Jacques Girault, directeur de la photo et ami de longue date de Charuel, a retrouvé l’esthétique du 16mm de leurs débuts. Les couleurs pastel, les visages adoucis et une image presque effacée donnent au film une texture nostalgique. Cette fragilité visuelle épouse parfaitement le récit de ces personnages en lutte, déjà abîmés mais toujours lumineux.