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CrystalEagle
4 abonnés
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3,0
Publiée le 31 juillet 2026
Giovanni tend la main à une communauté qu'il juge méprisée, et Delon, éternel amoureux des marginaux, embarque sans hésiter. Hugo Senart vole parce qu'on lui a claqué toutes les portes au nez, puis redistribue. "Un loup solitaire qui chasse pour sa meute" dit le commissaire. Le film touche juste quand il se tait : les caravanes, le contrôle de police devenu routine racontent l'exclusion mieux que n'importe quelle réplique. Delon le dit : on traite mieux les chiens qu'eux. Giovanni a raison de vouloir dire quelque chose, mais il est comme à son habitude englouti par son manichéisme. Il met les méthodes des flics et les crimes du milieu sur le même plan, souffle même l'idée de s'en prendre aux forces de l'ordre, et cette manie de faire du voyou la faute des autres devient franchement pénible.
L'idée de départ était pourtant en or : deux truands sans lien se croisent sans le savoir aux quatre coins de la France, chacun déclenchant les ennuis de l'autre. Giovanni reconnaissait lui-même que ça aurait pu tourner à la comédie, tant le principe frôle le burlesque. Mais l'opposition des deux hommes est plaquée, les rebondissements ne tiennent pas debout, les dialogues déçoivent scène après scène. Ce n'est jamais lent, c'est pire, ça redémarre sans cesse et je lâche prise. Le plan d'ouverture aérien est bien vu et probablement le seul qui dit quelque chose. Giovanni filme comme il écrit, direct, mais l'écrivain n'était pas si inspiré, et il a quand même pris le pas sur le metteur en scène.
Alain Delon en gitan : chapeau bas à qui a osé pareil pari, tant l'idée confine à l'absurde. Mais sa casquette de producteur lève vite le mystère. Il y ressort la panoplie du solitaire hiératique et mutique qui lui colle à la peau. Je n'y ai jamais cru et je trouve la composition glisse parfois vers la caricature. Ce qu'il joue, au fond, c'est l'exclu. Un registre où il est chez lui, corps tendu, regard fixe. Bref, cette élégance de fauve qui n'appartient qu'à lui. Reste que ça ne colle pas à un film baptisé Le Gitan et censé rendre hommage à ce peuple et j'imagine difficilement (même si je peux me tromper) que les gitans se reconnaissent dans cet homme-là.