Ce n’est pas un film de guerre, mais un film sur la guerre. Loin de la plupart des productions « de genre », il n’y a ici pas de héros, et même pas d’histoire. Pas de héros, mais des personnages, quatre essentiellement comme l’indique le titre, d’importances différentes au sens où le film suivra un peu plus longuement deux d’entre eux. Un seul porte un nom (Karl), c’est le seul dont nous aurons une vision de la vie hors de (c’est-à-dire avant) la guerre. Les autres sont nommés par leur origine (le Bavarois) ou leur fonction (l’étudiant, le lieutenant). C’est que Pabst ne recherche pas l’identification du spectateur à ses personnages, car son propos vise l’universalité. Pas d’histoire, le film étant un assemblage de tableaux, avec deux épisodes plus narratifs en forme de « nouvelles », qui vise à donner une vision d’ensemble quand on prend du recul. Sans héroïsme donc et sans spectaculaire, avec une caméra au ras du sol qui place le spectateur au niveau du drame, le réalisateur montre la guerre, montre l’horreur de la guerre, ses dégâts sur les soldats, sur la population de l’arrière, sur leurs comportements et leur psychisme, sans faire la distinction entre un camp et l’autre, sans aborder le contexte ou les causes de la guerre (ici celle de 14-18), qui semblent en tout état de cause ne jamais pouvoir constituer une justification aux souffrances montrées, parfois difficilement soutenables malgré un style épuré. Et sans la moindre présence d’un sentiment « national ». On comprend pourquoi ce grand film pacifiste fût interdit par le régime nazi.
NB : Sans pour autant attribuer à Pabst la qualité de visionnaire, on peut remarquer l’importance qu’il donne, dans les derniers dialogues, à la notion de culpabilité collective, et le point d’interrogation qu’il place derrière le mot « fin ».