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Cluny
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3,5
Publiée le 15 octobre 2012
Début du film, plans serrés, Isabelle Carré déplie une trousse de cuir qui contient des instruments : scalpels, bistouris. Elle en empoigne un, gros plan sur son visage résolu... et elle taillade les coutures d'un livre ancien, avec une précision chirurgicale. Rien de menaçant, rien d'inquiétant en apparence. Et pourtant, la tension est déjà installée, par le rythme d'un montage alternant des plans rapprochés détaillant les actions du personnage, et des plans d'ensemble le noyant dans l'immensité majestueuse de la B.N. (et plus tard de la façade de la Madeleine, ou des arcades de l'Hôtel-Dieu), par l'absence de musique redondante, et surtout par le jeu intériorisé d'Isabelle Carré, actrice à l'image douce et sans aspérité et qui là, d'emblée, laisse entrevoir la tectonique de ses émotions.
"Anna M."-"Adèle H." : même titre, même sujet (une femme se persuade être aimée d'un homme qui n'éprouve rien pour elle), et un traitement très différent. Truffaut s'était intéressé à raconter une histoire d'amour à un protagoniste, et le Lieutenant Pinson n'était qu'un ombre dans le récit, alors qu'il portait quand même une part de responsabilité. Chez Spinosa, on s'intéresse aussi au Docteur Zanevsky, un médecin exemplaire de compassion et d'attention, joué par un excellent Gilbert Melki. On le suit dans sa plongée en plein cauchemar, on souffre pour lui de voir sa vie saccagée méthodiquement par Anna, et les policiers refuser de croire que tout ça est tombé sur lui sans motif.
Mais la différence essentielle entre l'approche de Truffaut et celle de Spinosa réside dans la façon de dépeindre la souffrance des deux héroïnes. De par l'époque et l'identité même d'Adèle, et de par son style narratif, Truffaut adopte un certain romantisme, et nous raconte que la folie a découlé de l'amour. Dans "Anna M.", la folie est présente, tapie en elle dès le début, et l'illumination du regard d'Anna quand le médecin lui dit "Bien sûr qu'on va se revoir" annonce déjà la violence de la suite. Spinosa nous décrit froidement le processus, au risque de se répéter, car les tentatives de la jeune femme ont toujours plus ou moins la même nature et pour cadre les mêmes lieux.
Il nous montre la souffrance d'Anna, mais comme celle-ci passe son temps à s'en servir pour faire chanter André, on ne peut à aucun moment s'identifier à elle. Isabelle Carré joue en permanence de l'ambivalence de son personnage, de ce mélange de logique implacable, de violence éruptive et de séduction. Cette ambiguïté culmine dans la scène la plus dure du film, quand Anna, baby-sitter polanskienne, s'en prend aux deux gamines du voisin d'André.
Il est dommage que Spinosa n'ait pas terminé le film avec l'internement d'Anna. La postface n'apporte rien, si ce n'est de s'apesantir sur la piste d'un lien pré-existant entre Anna et André, sous la forme de cette reproduction d'un tableau de Zurbaran. On aurait aimé une fin plus ouverte, la liberté laissée au spectateur de croire ou de ne pas croire à une possible guérison. Reste quand même un thriller psychologique terriblement efficace, une réalisation élégante et une formidable composition d'actrice : c'est déjà pas mal.
Un film difficile , un film fort , sur une obsession absolue. Cette jeune femme est névrosée, elle est folle d'amour pour son médecin. Le scénario est un peu extrème. On ne comprend pas pourquoi cet amour. Bien sûr elle est frustrée , névrosée, même si on ne sait pas pourquoi. Elle jalouse cette vie normale, bien rangé est seule surtout et s'enferme dans sa névrose, et s'enfonce plus profond. Isabelle Carré est bien sûr remarquable, toujours des performances de haut niveau. Elle nous fait peur , par sa cruauté, mais aussi par sa faiblesse. C'est un rôle dur , pas facile, qui a du demander beaucoup d'implication personnelle. Le scénario est parfois peu crédible, mais la prouesse de Carré nous permet de s'y accrocher jusqu 'au bout.
Par moment, la mise en scène est assez virtuose (le film est d'ailleurs assez intéressant au début) mais le scénario ne tient pas debout et la fin est totalement ratée et prétentieuse. Gilbert Melki ne tient pas ses promesses et Isabelle Carré est parfois limite. Un film décevant où l'érotomanie se confond avec une espèce d'illumination simpliste.
Rien que pour Isabelle Carré, j'aurais mis 4, 5, 10 étoiles, tellement elle habite son personnage avec la "force horrible" d'une femme possédée par cet amour chimérique ! Entre la môme Cotillard et elle, le choix de la meilleure actrice sera cornélien. Mais seulement 3 étoiles à cause de cette fin incompréhensible, pas crédible, comme si Michel Spinosa ne savait plus comment terminer son film après cette spirale de la montée aux enfers du couple Carré-Melki. Alors le soufflé retombe, l'élan émotionnel est rompu, et on quitte la salle, privé de cette sensation de vertige tellement agréable lorsqu'un film nous tient jusqu'au bout...
Oulala ! J’ai vu des navets qui étaient bien meilleurs parce qu’il ne se prenaient pas au sérieux. Le rythme est lent, trop. Alors les prestations des comédiens sont excellentes, mais elles ne sauvent pas les invraisemblances du scénario. Quel est ce chirurgien de 45 ans qui va volontairement s’adresser à un de ses très nombreux patients, rencontré par hasard dans une librairie, sans une arrière-pensée tout à fait consciente de briser la relation patient/médecin ? Un même chirurgien qui ne réagit pas quand sa patiente commence à le harceler, suivre, offrir des cadeaux... et sa femme est complètement passive face à ça... Un professionnel complètement faible quand il s’agit de lui dire d’arrêter. Et il lui accorde encore une faveur qui va lui permettre de cristalliser encore plus sa passion sur lui. Je ne conçois pas qu’un tel professionnel se fasse avoir avec autant de naïveté, de manque de personnalité, d’esprit critique... Ce film n’a même pas l’interêt d’un documentaire sur l’érotomanie qui présenterait d’avantage les subtilités et mécanismes de cette maladie psychiatrique.
Un film de plus sur l’érotomanie. Pourquoi pas s’il est original et qu’il apporte quelque chose d’intéressant sur la nature humaine ? Hélas, le film de Spinosa n’est rien de tout cela… C’est déjà un devoir scolaire honteusement pompé puisque piochant dans les manuels de psychiatrie, il en a tiré la fameuse évolution en trois phases (espoir, dépit, rancune) qu’il a fagotée à sa sauce pour nous servir une histoire improbable, mal racontée, mal agencée et bourrée d’invraisemblances (le policier incompétent, le voisin naïf, l’épouse sans réaction, la victime toute prête à devenir coupable…) Dans ce registre, la fin est à hurler de rire tellement elle est pompeuse, en forme de rédemption mystico-écolo-humaniste ! Les acteurs font ce qu’ils peuvent pour sauver ce qui peut l’être mais Isabelle Carré tire trop vers la caricature et Gilbert Melki doit avoir recours à tout son répertoire de grimaces pour exprimer le vide existentiel de son personnage. Un raté sur toute la ligne !
Malgré les efforts de son interprète principale, on reste étranger au sort de l'héroïne comme au reste du casting tant le démonstratif appuyé du jeu de Carré et la transparence de "la mise en scène" aboutisse à l'agacement ou l'indifférence.
N'est pas Polanski qui veut !
Dans le même registre, je préfère largement A la folie...pas du tout, loin d'être un chef d'oeuvre mais avec un peu plus d'idée de mise en scène et moins d'afféteries.
Portrait dérangeant d’une femme érotomane, portée par l’interprétation habitée et glaçante d’Isabelle Carré qui fait le taf un peu seule malheureusement.
Pareil scénario tourné à Hollywood serait immédiatement taxé de déjà-vu en mode "Liaison fatale"-like-movie. Il faut dire que l'histoire est connue de l'autre côté de l'Atlantique, tant le nombre de film où un personnage perturbé s'immisce dans la vie d'un plus ou moins innocent est important. Le genre était florissant au début des années 90, juste après l'énorme succès de "Liaison fatale": "La main sur le berceau"; "Obsession fatale"; "Poison Ivy" etc... Tourné en France, cette histoire sonnerait presque comme inédite (on ne se souvient que du très raté et oublié "Elle n'oublie jamais" avec Thierry Lhermite; ou du pas terrible "A la folie...pas du tout"). Ce qui change vraiment, c'est l'approche des personnages et la façon de la raconter. Une vision plus sensible et réaliste, sans les affèteries du thriller habituel. On sait ce qu'il va se passer, mais pour une fois on ose se placer (parfois) du côté de la folie dévorante. Isabelle Carré n'y est pas pour rien. Elle est habitée par son personnage, lui donnat son corps fragile, sa voix délicate et son apparenrte gentillesse. Sans elle, le film n'aurait pas la même saveur.
Après "A la folie pas du tout", voilà qu'un autre film français explore la folie "illusion d'être aimée". De prime abord, ce sujet est mieux traité dans "Anna M." car exploré de façon beaucoup moins lisse, et beaucoup plus imprévisible. L'une des grandes qualités du film est d'atteindre des sommets assez terrifiants, et l'autre bien évidemment, c'est son interprète principale qui mouille vraiment sa chemise (contrairement à Tautou dans "A la folie ...") et compose une "folle" comme le cinéma français en a rarement connu. Malheureusement, après un bon démarrage, l'histoire explose en vol à ses deux tiers, et le dénouement à la fois incompréhensible et ridicule, désamorce tout ce qui a été préparé, travaillé, construit, pendant le film spoiler: (Non mais qu'est-ce que c'est que cette fin où Anna se retrouve dans les montagnes avec son gamin et sa pote, il aurait été plus judicieux d'arrêter le film au moment où elle s'apprête à replonger dans sa folie à la sortie de l'HP par exemple) Ce n'est pas la première fois que les auteurs français gâchent les climax de leurs personnages et de leurs histoires à travers des fins complètement hors-sujet, sois-disant écrites pour renforcer leur propos alors qu'en fait c'est tout le contraire, et c'est bien dommage.
Après une tentative de suicide, Anna s'éprend du docteur qui la soigne et, plus embâtant, pour elle comme pour lui, elle croit fermement que l'élégant quadra est amoureux d'elle. Marchant sur les traces du thriller psychologique à l'américaine, Michel Spinosa réalise une oeuvre bien à lui cependant, avant tout humaine plutôt que spectaculaire, à propos de la psychose d'Anna, qu'après consultation du dictionnaire, je sais être nommée érotomanie. Isabelle Carré fait une remarquable composition de femme hallucinée, jamais découragée par les dénégations ou la colère du docteur Zanevsky (Gilbert Melki, très juste dans un rôle secondaire), une femme qu'on prend en compassion pour ses tourments et sa souffrance puis, dans la scène suivante, qu'on a envie de coller au mur a cause de ses caprices insensés et de sa capacité de nuisance. L'intrigue et l'évolution maladive d'Anna ne sont pas forcément surprenantes ou inédites mais elles suivent un crescendo dramatique passionnant tant dans l'action que dans le domaine psychiatrique. La réalisation est soignée, la mise en scène équilibrée. C'est brillant et sensible.
Anna aime André, chirurgien dune clinique parisienne. Convaincue de la réciprocité des sentiments, la gentille jeune femme quelle est se réjouit de bientôt mettre un terme à sa solitude. Problème(s) : il sest juste occupé delle lors dun séjour hospitalier consécutif à une tentative de suicide. Et, plus grave encore, il nest absolument pas amoureux delle. Il a beau le lui dire, mais Anna souffre dune maladie assez répandue mais peu connue (elle nest dailleurs jamais citée) : lérotomanie, ou lillusion délirante dêtre aimé(e) par quelquun. De ce fait, elle ne va cesser de poursuivre lobscur objet de ses désirs, sattaquant dabord à son entourage puis à elle-même, et faisant, à chaque fois, un pas de plus vers la folie. Cela ne vous rappelle rien ? Effectivement, le sujet est le même que celui de À la folie, pas du tout de Laëtitia Colombani. Mais, contrairement à cette dernière qui, armée dun scénario retors, sorientait plus vers le thriller, Michel Spinosa se focalise davantage sur le personnage principal : Anna. Le capital sympathie naturel dIsabelle Carré (absolument éblouissante, dans un rôle plus que difficile qui pouvait facilement sombrer dans la caricature) et la candeur de son regard nous la rendent dabord touchante, avant de nous mettre mal à laise, à mesure que la tension va crescendo jusquau point de non-retourdun cheminement quasi biblique. Un sentiment de malaise qui trouve lun de ses sommets lorsque, face caméra, la jeune femme répond à un psy, et sadresse, indirectement, à chacun de nous. Et ça nest quun des exemples les plus marquants de cette uvre dérangeante qui, expurgée de quelques longueurs et étrangetés (lorsque le film se teinte dune once de fantastique), aurait pu tutoyer la perfection. En létat, Anna M. devrait vous déranger, vous secouer puis, finalement, vous laisser mélancolique comme la chanson du groupe Au Revoir Simone qui le ponctue à deux reprises. Le genre de film assez rare pour être expérimenté.
Il y a deux effets en deux temps différents du film de Spinoza comme celui de leffet KissCool : un premier temps, celui de leffroi face à cette érotomane et de son histoire dans ce film envoûtant (relevant le niveau du cinéma français, à linterprétation formidable, une esthétique de leffroi et de la quête, etc.). C'est l'effet du temps du film. Le deuxième temps est la compréhension de la tirade finale du cantique des cantiques : le personnage le récitant induit un recommencement et personne ne la remarqué ! Ce n'est que le surlendemain que j'ai compris. Vraiment envoûtant !