Le livre étant une perle littéraire du genre, alliant policier, suspense et enquête déroutante au centre d'une amitié désolidarisée avec le temps, mais surtout à la suite d'un tragique événement qui va irrémédiablement faire basculer la vie de nos protagonistes. Surtout un, en fait : Dave Boyle. Dennis Lehane est un auteur profond, demystifiant tous les codes pour nous emporter dans une histoire universelle captivante jusqu'au dénouement qui, à chaque fois, n'est qu'un pretexte pour desservir la psychologie des personnages torturés. Clint Eastwood, le grand, l'unique, s'attéle donc à cette adaptation complexe s'il en est. Puisqu'il faut d'une part respecter l'oeuvre d'origine, d'autre part capter l'ambiance générale et la retranscrire. En cela, ne doutons plus, on tient ni plus ni moins que la plus belle réalisation du metteur en scéne. Chaque plan, chaque scéne, chaque silence, chaque dialogue, chaque regard, appuie la force narrative du film de la plus belle des maniére. Campés par un casting irréprochable (toutes les louanges vont à Sean Penn, mais le véritable héros ici c'est Tim Robbins à mon sens), Sean en inspecteur tourmenté et délaissé par sa femme (magnifique Kevin Bacon), contraint de résoudre le meurtre de la fille de son ami d'enfance Jimmy (inimitable Sean Penn), meurtri et inconsolable, prés à tout pour obtenir vengeance, tandis que le principal suspect s'avére être leur ami commun, vingt cinq ans en arriére, Dave (inoubliable Tim Robbins) marqué par les souffrances de son passé, hanté par des visions d'horreur et perdant peu à peu toute notion de réalité. Le bien. Le mal. Les deux notions ne s'opposent pas mais s'allient tout au long du métrage pour livrer un des tableaux les plus prenants, émotionnellement, jamais vu au cinéma. Tout dans la simplicité et la sobriété qui le caracterise dans ses meilleurs jours, Eastwood propose une reflexion obscure et aboutie sur les impacts psychologiques qui perdurent avec le temps et les derives que cela comporte. Certains s'en servent en tant que force, d'autres en tant que faiblesse. Mais quoiqu'il arrive, tout se résoud dans la Mystic River. Alors oui, scénaristiquement, c'est le roman dans toute sa longueur. Comme si aucune page n'avait été oubliée, c'est un hommage à l'écrivain. Si deux ou trois détails sont volontairement ecartés (l'etat du cadavre de Katie beaucoup plus endommagé, notamment), rien est laissé au hasard. Dramatique, noir, "Mystic River" est une reflexion sur l'humanité, filmée sous des plans aériens d'une ville Americaine en quête de guide spirituel, à l'affut du massacre et en constante méfiance. Rien que ça.