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Gonnard
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4,0
Publiée le 12 octobre 2009
Une œuvre qui se démarque du reste de la filmographie de Marcel Carné par son optimisme. Sinon, on retrouve ses recettes habituelles : une histoire d'amour contrariée, un Jean Gabin égal à lui-même, une adaptation d'un livre de Georges Simenon... Les dialogues, co-écrits par Prévert, n'ont rien d'exceptionnels. L'intrigue ne comporte finalement qu'un seul vrai rebondissement, dès le premier quart d'heure on entrevoit déjà la fin. Le thème de l'infidélité, classique, aurait pu prendre une dimension supérieure si Marcel Carné avait creusé la relation entre les deux sœurs. malgré tout, le film est agréable à regarder. Le jeu du chat et de la souris, auquel se livrent le héros et la petite Marie, est sympathique. Nicole Courcel possède une vraie présence cinématographique, et contribue largement à l'intensité dramatique du film.
Marcel Carné focalise son cinéma sur les conditions sociales de ses contemporains et des minorités locales des bourgs français. Composant de la seconde période du cinéma de Carné, celle dépourvue du talent d'écriture de Jacques Prévert, «La Marie du port» (France, 1949) reprend le cadre géographique et politique récurrent dans l'oeuvre de son auteur. Le patron notable d'un bar et d'un cinéma à Cherbourg se prend progressivement d'affection pour la jeune soeur de sa compagne. Dans le rôle de ce bourgeois provincial aux élans misogynes, Jean Gabin apparaît comme la silhouette brumeuse de son talent d'antan, d'avant l'Occupation. «La Marie du port» conçoit pleinement le monde comme une entité composée de deux parts distinctes : la bourgeoisie et la classe sociale qui lui serait inférieure. Au sortir de la seconde guerre mondiale, alors que le monde se partage entre idéologie capitaliste et utopie communiste, Carné rejoint la mouvance qui envahit la France à cette époque et qui aboutit à la scission étanche entre les castes sociales. Dès ce moment là, Carné quitte le communisme de Prévert pour rejoindre les maladresses du socialisme. Ces maladresses-là semblent comme répertoriées par «La Marie du port». Carné conçoit l'émancipation d'une personne de milieu modeste uniquement par le biais du paternalisme d'un individu bourgeois. Pour Carné, le petit être du peuple n'a pour se libérer de sa condition que de se soumettre au romantisme de la petite bourgeoisie. Assujetti aux bon sentiment du notable bourgeois (possible protagoniste chabrolien) le personnage Marie La Flem n'a pour fuir la condition de son milieu social qu'à s'indexer aux plaisirs du bon bourgeois. Cette critique axée à travers le marxisme entend recouper avec l'enjeu politique qui se jouait en France au cours de la fin des années 40. A travers cette petite communauté de Cherbourg (bien moins grouillante que chez Demy), Carné souligne, à son insu, les lignes capitales qui régissent la visée capitaliste.
Il y de subtiles présages qui attendent comme pour annoncer dans certaines oeuvres la fin d'une époque et d'une période. Dans ce Carné qui ressort grandit de ce qu'il termine, il y a une précense sombre et pessimiste qui couve en la matière tout partirait de la cruauté nihliste des personnages. Un amour perclue dans l'habitude celui d'un homme rude qui va chercher le goût du bonheur dans un amour témoin, comme carné aime à le montrer un amour qui se tait, une proximité honteuse autant que l'âge qui sépare les deux protagonistes. Etrangement moral, la fin du film semblait inutile (une régulière chez Carné) car l'éclatante exposition, la dureté d'une province ou rien n'echappe à la verve ccynique laisse une amertume en bouche inédite dans le réalisme du cinéaste. Voilà que commence une période inconnue et fascinante pour la carrière de Carné, les rapports humains vont y être exposés avec en cache sex la surexposition d'une jeunesse juste et révolté. Mais chez Marie, il y a une résignation, une fatalité qui s'imprime jusqu'à son suicide ratée. Carné joue un atout majeur dans la conclusion de son film, enlaissant s'étendre la menace d'une possible mort, pourtant aussi loin que la voile d'un bateau. La vision du paradis perdu (tabou de murnau), de l'impossibilité à le rejoindre, et des raccords possibles pour éviter de sombrer trop vite dans le malheur, Carné dresse un portrait sombre ou la liberté est l'essentielle de la condition vers un destin mesquin, mais ou subsite l'espoir de vivre à nouveau.
On dit de Carné qu'il représente le réalisme poétique; on dit aussi que ses bons films sont ceux auquels a collaboré Prévert, ce qui n'est pas le cas ici. Le réalisme poètique, c'est une atmosphère créée en idéalisant les milieux populaires, et "la Marie du port" correspond bien à ce cannevas. Prévert apportait une sophistication aux scénarios qu'on ne retrouve pas ici, et des mots d'auteurs que ses remplaçants ne savent inventer. Pourtant, si l'on accepte de rentrer dans cette histoire d'amour un rien bétasse et convenue (on songe au "Sabrina" de Billy Wilder, cependant postérieur), l'ensemble a du charme, de la vie, et Gabin campe un personnage auquel on peut s'attacher.