Bon film signé Robert Bresson, le "Journal d'un curé de campagne" nous plonge dans les pensée torturées d'un jeune prêtre officiant dans sa première paroisse et devant faire face à ses ouailles pas toujours trés amicaux. Cette introspectation se déroule à travers des monologues parfaitement écrits, véhiculant subtilement les angoisses du religieux. Si la mise en scène simple et sobre de Bresson fait des merveilles dans ce genre de film, on peut néanmoins regretter le jeu peu naturel des acteurs (amateurs de fait) qui frise souvent la simple récitation de texte et enlève ainsi une part de l'intensité promise par le scénario.
En 1951 Robert Bresson cinéaste de l’épure par excellence adapte le roman éponyme de Georges Bernanos prix de l’Académie Française en 1936. On ne pouvait trouver meilleur transcripteur de l’œuvre de Bernanos sur grand écran, Bresson étant un cinéaste fortement préoccupé par les rapports de l’homme avec la foi. Le film composé principalement dans la première partie de scènes très courtes relatant les extraits du journal intime que rédige le jeune nouveau curé d’Ambricourt, expose les difficultés d’exercice d’un premier ministère et les doutes qu’elles génèrent chez un jeune homme à la sensibilité extrême, diminué par la maladie. L’utilisation de la voix off omniprésente permet à Bresson de livrer au spectateur les impressions du jeune homme au fur et à mesure que les évènements se présentent à lui. A travers le personnage du curé de Torcy, Bernanos met en lumière le peu de soutien que le curé novice reçoit d'un titulaire de la même charge plus ancien que lui . Près de 61 ans après la sortie du film, on comprend mieux la lente mais constante désaffection qui a touché les vocations au sein d’une église incapable de se réformer pour endiguer la solitude des curés. Le curé d’Ambricourt malgré la maladie qui le ronge n’est pas dénué de courage et d’enthousiasme mais il va se heurter à la résistance de la population et principalement à celle du hobereau local qui sous couvert d’une bienveillance de façade entend bien conserver la mainmise sur les gens du pays dont beaucoup travaillent pour lui. spoiler: Seul le docteur Delbende semble avoir un peu de compassion pour le jeune homme chez qui il détecte lors d’une auscultation, l’atavisme familial responsable de son affection physique. Cette proximité immédiate provient probablement du fait que comme le jeune curé, le docteur libre penseur se sent exclu de la petite société locale. Sa mort par suicide va encore accroître la détresse du curé de plus en plus diminué par le cancer qui le dévore. La mort de la femme du comte la nuit même du jour où il lui a permis de retrouver une foi perdue sonnera le glas des espoirs du jeune curé qui se voit accusé d'être responsable de ce décès consécutif à sa visite. C’en est trop pour la résistance déjà bien entamée du jeune homme qui après avoir été faire diagnostiquer sa maladie à Lille choisit d’aller agoniser chez son ancien camarade de séminaire devenu prêtre défroqué après avoir rencontré l’amour. Un amour que ne connaîtra jamais le curé d’Ambricourt en proie tel le commun des mortels à l’angoisse de sa propre mort. Bresson s’il est convaincu de la présence divine n’en reste pas moins un réaliste qui refuse le piège facile de la mort traditionnellement accueillie dans l’allégresse par les hommes de foi toujours heureux de rejoindre le créateur. Image d'Epinal souvent utilisée par l’église pour son prosélytisme et prestement reprise par le cinéma classique français (les films religieux avec Pierre Fresnay en sont le plus bel exemple). Il faut selon Bresson bien distinguer la foi de l’homme et ne pas croire que celle-ci n’est juste qu’un remède pour accepter son statut de mortel. Elle n’exonère pas des épreuves qui nous sont infligées au cours de la vie et à ce titre le parcours du jeune curé d’Ambricourt à qui rien ne sera épargné, fauché en pleine jeunesse, est exemplaire. L’esthétique du cinéma de Robert Bresson parfois à la limite du documentaire, vient en renfort de sa volonté de montrer les choses dans leur plus simple expression afin de placer le spectateur dans la position de se faire seul son opinion sur les problématiques qui lui sont soumises. Le tout jeune acteur Claude Laydu, futur producteur de « Bonne nuit les petits », s’inscrit parfaitement dans ce dépouillement esthétique, favorisé qu’est son jeu par la narration à voix haute qui lui permet d’apporter toute la sobriété exigée par son metteur en scène. Fort justement le film a été récompensé Grand Prix à Venise. Comme celui de Dreyer ou de Bergman, le cinéma de Bresson frappé du sceau de l’épure ne risque pas d’être affecté par les codes esthétiques de son époque ce qui lui permet de garder toute son acuité malgré le passage des ans.
Autant les autres films de Bresson, tels Au hasard baltazar et le Pickpocket m'avait vraiment beaucoup plus autant celui-ci est décevant! Le jeu des acteurs est particulièrement mauvais, des expressions surjouées, des mauvais dialogues .. Certes, une atmosphère typiquement "Bressonienne" se dégage du film mais cette fois-ci, n'a pas réussis à m'envouter comme l'avez fait les précédentes. Bresson en voulant rapporter au plus près le réel a réussi, malencontreusement, à saisir l’irréel. Chaque scène est trop surjouée et ne semble en aucun cas naturel. De long silence entre chaque réplique accentue encore plus ce phénomène. spoiler: Trop de naturel tue le naturel. Bref un Bresson à évité.
Un chef-d’œuvre ! Mais, on peut s’en douter, ni léger, ni désopilant. Et contraindre à l’admiration un athée patenté comme moi-même pour ce fleuron du cinéma religieux, bravo ! Je ne sais si la transposition de l’œuvre de Bernanos est fidèle, si les analogies à la Passion du Christ sont judicieuses, mais quelle science cinématographique et quelle créativité ! La narration au travers du cahier d’écolier, avec son écriture d’enfant, le récitatif de la parole qui accompagne les images, sont vraiment deux procédés originaux mais géniaux. Et quelle maîtrise de la mise en scène, dépouillée, mystique, quelle maîtrise du noir et blanc et de la symbolique des objets, quelle subtilité et quelle intensité dans le jeu des acteurs, et bien évidemment de Claude Laydu en particulier, qui semble possédé par son rôle. Un grand, grand film, mais à ne pas regarder après une journée de galères !
Adaptation du roman éponyme de Bernanos, «Le journal d'un curé de campagne» (1950) illustre, presque didactiquement, la conception bressonienne du cinématographe comme «écriture». Mais l'écriture est encore ici partiellement celle de la littérature et le film est à cet égard le plus «littéraire» de Bresson. Racontant en images cette histoire d'un jeune curé de paroisse des années 20, il accentue déjà l'arrière-fond janséniste d'un certain catholicisme français, qui deviendra comme l'un des traits récurrents de la pensée du réalisateur. Le mal est radical; il s'insinue partout comme une lèpre et il ne concède que peu de place à la joie. La foi se vit dans la douleur et s'arrache héroïquement à la désespérance. Le style n'a pas encore ici la radicalité qui sera sienne dès «Pickpocket», mais nombre de ses traits caractéristiques sont déjà en place: concision extrême du montage, austérité des images, débit vocal volontairement atone (mais, sur ce point, on est encore loin des films des années 60), acteurs amateurs ... La photographie de Burel est splendide et nous vaut quantité d'images inoubliables. On regrettera seulement une musique, due à Jean-Jacques Grünenwald, dont la qualité n'est pas extraordinaire et qui est beaucoup trop envahissante. C'est d'ailleurs une dimension de son cinéma que Bresson corrigera très heureusement par la suite. Il reste que, par sa divine simplicité, par la densité très remarquable et la sincérité indéniable de son propos, par la virtuosité réelle de sa mise en scène, par la beauté de sa forme, «Le journal d'un curé de campagne» est déjà un chef-d'oeuvre, sans doute pas encore au niveau de «Au hasard Balthazar», mais déjà à mille lieux au-dessus de la production cinématographique commune. On ne se dispensera donc pas de le connaître!
Un très grand film signé Bresson. Même si cette oeuvre n'atteint pas la perfection de "Jeanne-d'Arc", elle place toutefois Robert Bresson au panthéon des plus grand réalisateurs français. La simplicité de l'histoire conjuguée à la simplicité de la mise en scène donne au film toute sa force et sa puissance psychologique. Seul petit bémol à l'adaptation du livre de Bernanos, l'interprétation de Claude Laydu. Certes, celui-ci est dirigé d'une main de maître par Bresson, se coule dans son moule, mais le personnage n'atteint pas la force spirituelle d'un Belmondo par exemple dans "Léon Morin, prêtre". La foi n'est pas une faiblesse, au contraire de l'interprétation, ici, de Bresson. Se donner à Dieu, obéïr à son amour, est une force. C'est en ceci que Bresson se trompe. Heureusement, avec Jeanne-d'Arc, le tir sera rectifié.
Ce chef d'oeuvre de Bresson, tiré du célèbre ouvrage du génial Bernanos, est probablement mon film préféré. Pourtant je n'ose le revoir très souvent tant il m'arrache les larmes. Un saint prêtre lutte, malgré une grave maladie, contre sa souffrance intérieure et contre l'hostilité extérieure pour ramener ses paroissiens sur le chemin de la vérité dans un pays déjà profondément déchristianisé. Tel un ange envoyé en pays hostile, un agneau envoyé parmi les loups. La personnalité si pure, si humble et si profondément dévouée de ce prêtre ne laisse personne insensible et fait contraste avec le monde. Les uns sont brûlés du regard et se referment ou réagissent en provocation, les autres interloqués, dérangés ou même choqués, mais les derniers se convertissent. Le dialogue du prêtre avec la comtesse meurtrie par la vie mais qui retrouve l'espérance et la paix intérieure est d'une grande beauté et d'un profond enseignement sur la miséricorde divine. Tout le film est comme une profonde méditation sur les questions les plus importantes de l'existence. Ce qui m'impressionne le plus dans le personnage de ce prêtre, c'est la pureté de son regard plein d'amour, ses paroles douces, humbles et toujours positives, sa foi solide, inébranlable malgré une réalité bien noire. La passion du Christ n'a jamais été aussi bien exprimée qu'à travers le visage de ce prêtre. Si ce film rebute bien des gens car ils le trouvent noir, triste et désespérant, je dirais que bien au contraire, il apporte un soutien et une raison de s'accrocher pour tous ceux qui souffrent dans ce monde (ils sont nombreux) ainsi qu'un grande espérance pour qui est en recherche de la foi. Ce monde peut être dur, amer ou décevant mais il passe. Alors "qu'est-ce que cela fait, tout est grâce!"