Au milieu du 19ème siècle, sur la minuscule île de Sein, la population, subitement privée de curé, s'en remet au sacristain (Pierre Fresnay, qu'on retrouve souvent dans des rôles de cathos).
La fonction fait l'homme. Y compris dans l'Eglise. C'est en sorte le message subversif que dispense le film très longuement, très lourdement. C'est à reculons que le laïc Gourvennec accepte de faire le curé auprès de villageois frustes et bigots, soucieux des sacrements et de la messe dominicale. Réticent et conscient de l'imposture mais, petit à petit, se dévouant à une population qui n'en mérite pas tant, le personnage de Fresnay semble porter tout au long du film le fardeau d'une hérésie.
Le film de Delannoy s'enferme dans la démonstration et illustre jusqu'à plus soif le sujet du romancier breton Henri Queffélec. En résumé, il faut bien répondre à la forte demande spirituelle et religieuse des populations reculées. Ce thème du besoin impérieux de religion, associé à une certaine théâtralité, se développe au détriment des spécificités et de l'authenticité insulaires, sans lesquelles le sujet se trouve largement amoindri.
Car les comédiens ont beau adopter, tous, l'accent breton, cela ne les rend pas plus vrais. Le premier d'entre eux, Pierre Fresnay, est en roue libre. A chaque fois qu'il hausse la voix, il est dans le cabotinage (et Daniel Gélin n'est pas mal non plus dans le genre braillard). Autour de lui, les seconds rôles existent à peine, tous caricaturaux.
Tout catholique qu'il est, la subtilité et la nuance ne sont pas les premières qualités de Delannoy. C'est même l'opposé du mysticisme façon Robert Bresson.