Réalisateur de comédies musicales pour la MGM, George Sidney n'aura jamais au sein de la firme le statut de réalisateurs comme Vincente Minelli, Stanley Donen ou même Mark Sandrich, disparu prématurément d'une crise cardiaque à 44 ans en 1945. C'est bizarrement dans le domaine du film de cape et d'épée avec seulement deux films à son actif qu'il est passé à la postérité. Il faut dire que "Les trois mousquetaires"(1948) et "Scaramouche" (1952) sont systématiquement cités dans les dix meilleurs films du genre. Au contraire de beaucoup, il n'a pas cherché à rivaliser avec les chefs d'œuvre insurpassables du duo Michael Curtiz et Errol Flynn ("Capitaine Blood", "Les aventures de Robin des bois", "La vie privée d'Elizabeth d'Angleterre" ou "L'aigle des mers") mais plutôt à imprimer sa touche personnelle au genre en se servant de son expérience de la comédie musicale. C'est lui qui a eu l'excellente idée de confier le rôle de d'Artagnan à Gene Kelly. Le film sera un énorme succès au box-office qui fera croire un temps à Sidney qu'il allait pouvoir retourner à la comédie musicale. L'échec de "Showboat" le ramènera immanquablement vers le film de cape et d'épée où désormais il fait référence. Après Alexandre Dumas il se frotte à l'œuvre de l'italien Rafael Sabatini qui avait fait dix ans auparavant le bonheur du duo mythique cité plus haut ("Capitaine Blood" en 1935). Repéré deux ans plus tôt dans "Les mines du roi Salomon" de Compton Bennett et sous contrat à la MGM, Stewart Granger est choisi pour tenir le rôle d'André Moreau, coureur de jupons invétéré qui va par hasard côtoyer la grande histoire au prétexte de la vengeance de son frère de lait, Philippe de Valmorin (Richard Anderson), mort au cours d'un duel avec le Marquis Noël de Maynes (Mel Ferrer), après qu'il a été démasqué en tant que propagateur des idées révolutionnaires qui montent alors dans tout Paris. Le scénario aux multiples rebondissements y ajoute une histoire d'amour sur fond de rivalité féminine (la gracile Janet Leigh opposée à la pétulante Eleanor Parker) et la mise à jour d'un lien de parenté qui éclaire brutalement toute l'intrigue sous un jour nouveau. Mais au-delà de l'intrigue qui ne sert en général qu'à placer les protagonistes dans les rôles habituels d'un genre très codifié, Sidney aidé de son photographe Charles Rosher brille par le soin apporté aux scènes drolatiques de commedia dell'arte où André Moreau se grime en Scaramouche et se collette avec la volcanique Léonore. On sent bien là le goût premier de Sidney pour la comédie musicale. Les scènes d'action notamment celle du duel si elles n'ont pas la fougue des films de Curtiz n'en sont pas moins réussies, Stewart Granger et Mel Ferrer étant tout à fait crédibles en bretteurs émérites. Stewart Granger enchainera très rapidement à la suite une série de films d'aventures qui le placeront comme le digne successeur des Fairbanks, Flynn et Power avec notamment à son actif en 1955 le chef d'œuvre de Fritz Lang, "Les contrebandiers de Moonfleet", mais déjà âgé de 43 ans, il retombera par la suite dans un relatif anonymat. La surprise du film vient en réalité du rôle du méchant joué par Mel Ferrer qui dénote par rapport aux canons du genre qui veulent que la perfidie, le calcul et la cruauté soient de mise. Dans le domaine Basil Rathbone, Henry Daniell ou Claude Rains avaient été des modèles du genre. Mel Ferrer, tout aussi séducteur que Granger, apporte un souffle d'air frais même si le spectateur apprécie toujours les choix manichéens qui sont davantage libérateurs des pulsions instinctives qui sommeillent en chacun d'entre nous. Ainsi la scène du combat final prend une tonalité différente qui justifie l'accent porté par Sidney sur une chorégraphie plus aérienne et des cadrages moins centrés sur les visages des duellistes. "Scaramouche" qui aura un immense succès contribuera à relancer pour un temps un genre qui était orphelin depuis qu'Errol Flynn et Tyrone Power l'avaient affadi en se commettant dans des productions de second rang où les avaient relégués leur silhouette alourdie par les abus en tous genres. Derrière Stewart Granger et Robert Taylor personne hormis Johnny Depp dans la parodie, n'a pris le relai de manière durable, laissant au quatuor magique Fairbanks, Flynn, Power et Granger sa prédominance par delà les décennies.