Abel Gance signe un mélo qui serait un mixte entre la trilogie Marseillaise de Pagnol, à la sauce réalisme poétique à la Marcel Carné avec une pincée de fable moderne. Le scénario use de grosses ficelles (enterrement qui croise un baptême) comme des incohérences (que fait l'enfant dans le bateau ?!). Mais alors que le film est un mélo pur jus, soumis à du pathos peu efficace car trop c'est trop le film vire de bord et offre une dernière partie qui tient plus de la fable moderne.
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3,5
Publiée le 8 mars 2017
Un inèdit « beau à pleurer » au Cinèma de minuit pour un cycle « Patrimoine français » à (re)dècouvrir grâce à Monsieur Patrick Brion! Tournage à Nice durant l'hiver 39-41 pour un film à nul autre pareil qui se caractèrise par son souffle de la rèdemption, par sa noblesse des sentiments et par son intensitè dramatique! Une tragèdie des temps modernes ècrite, composèe et rèalisèe par le grand Abel Gance, tout à fait dans le style du rèalisateur français! En exergue du film, une citation du philosophe Sènèque : « C'est quand on n'a plus rien à espèrer qu'il ne faut dèsespèrer de rien...» On peut trouver ce mèlo improbable et très excessif mais on ne peut nier son esthètisme et ses sublimes images! Viviane Romance trouve ici l'un de ses plus beaux rôles! Son personnage s'appelle Clarisse mais chez les artistes, on l'appelle Vènus (il y a aussi une ètoile qui porte ce nom). Une dèesse de l'Antiquitè dont le nom est devenue une marque de cigarettes! Un dècollement infèrieur de la rètine aura raison d'elle! La pauvre Clarisse peut dire adieu à son passè et il n'y a pas de deuil pour les malheureuses comme elle [...] On pourrait craindre le pire, et pourtant, l'on se passionne tant le film est d'une lumineuse simplicitè, tant cette "Vènus aveugle" existe et nous marque! Heureusement, il y a une bonne fin pour toutes les histoires de la vie! Telle la reconstitution de son bonheur où l'on fabrique de la rèalitè...
Clarisse est en passe de devenir aveugle et pour épargner ce malheur à l'homme qu'elle aime, Madère, elle le quitte. Dédié noir sur blanc au maréchal Pétain -sans que le film colporte l'idéologie du régime - le mélo d'Abel Gance se distingue du lot commun par la personnalité de son auteur, dont on se demande parfois si ses idées scénaristiques sont des audaces ou des outrances (je pense en particulier l'épisode de laspoiler: poupée identifiée au nouveau-né défunt ). Et puis, sur la forme, le réalisateur échappe à toute comparaison. Ce n'est pas, d'ailleurs, le sujet en soi et l'amour absolu, hors norme, qu'il relate qui force la curiosité. De ce point de vue, rien d'emballant. Mais la mise en scène baroque de Gance, qui a failli me perdre pendant la longue, la confuse, première partie où on ne comprend pas où il veut aller, est celle d'un cinéaste en perpétuelle recherche. Aux symboles et métaphores, à la grandiloquence et au maniérisme, à la poésie ou tentatives de poésie, le réalisateur ajoute des cadrages et des décors étranges qui donnent à son récit le sentiment de l'irréalité. Il filme ses personnages dans deux décors prépondérants, celui d'un beuglant d'une ville portuaire où la belle Clarisse chante sous le nom de Vénus et celui d'un vieux rafiot, le Tapageur, que répare l'amoureux Madère. Gance y multiplie les gros plans sur le beau visage triste de Viviane Romance, qui donne quasiment son empreinte au film. Les drames qui accablent la Vénus aveugle laissent indifférent, du fait de procédés romanesques courants et d'une volonté appuyée de pathétisme ; ce qui est plus intéressant, ce sont les inventions, voire les excès, de Gance. Il n'est plus dans l'avant-garde mais il est toujours aussi singulier.