Un film qui fait un usage intensif d’extraits wagnériens (Le Crépuscule des Dieux, Tristan, Parsifal) ne peut pas être complètement mauvais, et "Excalibur" est assurément du Kubrick comparé à la plupart des super-productions hollywoodiennes actuelles. Pourtant ce classique n’a pas très bien vieilli. Les choix visuels sont discutables (la caverne de Merlin, quelle horreur ! Et ces armures qui brillent comme du papier d’alu…). Les acteurs ne sont pas géniaux (Nicol Williamson, Nicholas Clay), même si on reconnaît dans des seconds rôles quelques futurs grands noms (Liam Neeson, Gabriel Byrne, qui incarne un Uther Pendragon impressionnant). Surtout, en voulant retracer toute la légende arthurienne, le film voit trop grand : il y a trop à raconter, impossible de rentrer dans les détails, de s’attarder sur la signification de tel épisode ou le caractère de tel personnage. La longue passion entre Lancelot et Guenièvre, par exemple, est traitée en deux coups de cuiller à pot. Conséquence : il n’y a pas d’idée centrale, de thématique forte qui cimenterait le film et lui donnerait cohérence et intensité dramatique. Reste une qualité d’ensemble, le plaisir de voir portés à l’écran nombre d’épisodes fameux, quelques beaux moments (la première scène de bataille, les scènes dans le château du duc de Cornouailles, le final…). "Excalibur" a aussi le mérite de souligner que le mythe d’Arthur se situe au carrefour des mythologies chrétienne (le Graal…) et celtique (les magiciens Merlin et Morgane). On aurait souhaité que John Boorman creuse ce genre de sillon, mais on se retrouve avec un grand livre d’images, spectaculaire et un peu décousu. Ce n’est pas si mal, mais…