Porteuse du lourd héritage de son Coppola de père, la jeune Sofia s'essaye à un genre qu'elle s'appropriera par la suite en imposant son style ambivalent et ses obsessions adolescentes. Avec Virgin Suicides, elle parle du mal-être pubérien, de fleurs printanières trop vite fanées et de douleurs inexprimées, quelque part inexprimables. Le dessin du mal de vivre de ces cinq sœurs est d'une finesse remarquable, teinté de douceur et de fulgurances cocasses. La mise en scène, dirigée avec une précision de métronome, sans verser dans l'exagération, s'imbrique totalement dans son récit, et la fusion du fond et de la forme est absolue. Le film et la vie des filles semblent inextricablement mêlés, et c'est avec lenteur, sobriété et distance que l'on suit cette histoire de jeunes anges sages, polis mais apparemment ailleurs, entre cette existence et un néant inimaginable pour leurs pauvres voisins éperdus. Car le malheur n'est pas nécessairement qu'effusions, et Coppola, dessinant son film comme un oiseau en cage, pas plus capable d'ouvrir ses ailes que les adolescentes, lui confère une puissance sous-jacente et insoupçonnée, mais parfaitement tangible. Choix risqué mais finalement génial, quand un trop grand tapage dramatique aurait été incapable de mettre à nu ces douleurs si intimes. Si on peut être rebuté par les procédés utilisés et la lenteur qu'ils imposent, force est de constater que la mise en abyme a quelque chose de stupéfiant. Kirsten Dunst, après Interview With a Vampire, confirme un talent depuis quelque peu négligé, et le reste du casting s'en tire plutôt bien. Bref, une découverte pas forcément grisante, mais encourageante pour la suite d'une carrière déjà toute tracée avec ce produit d'une mélancolie qui tire sur le tragique. Très bon.