12 Hommes en colère est un huis clos se déroulant sur un intervalle très court de quelques heures, où nous suivons un jury de 12 hommes, dont nous ne connaissons pas les noms, devant délibérer sur une affaire. Il n’y a aucun contexte ni aucune scène en amont montrée : tout se passe dans les dialogues. Nous apprenons qu’un jeune homme aurait tué son père et risque la peine de mort.
L’ambiance, au début, est très détendue malgré la gravité de la situation : les jurés ne prennent pas l’affaire au sérieux, veulent envoyer directement le jeune homme à la chaise électrique sans discuter, simplement pour pouvoir se libérer l’après-midi, notamment afin de voir un match de baseball, ce qui devient un running gag du film.
Le crime semble évident, avec des preuves accablantes, donc ils votent tous pour la peine de mort. Mais un homme vient tout bouleverser. La tension monte, nous rappelant que la vie d’un homme est en jeu. Le film devient étouffant, aussi bien physiquement avec une canicule annoncée et une panne de climatisation que métaphoriquement.
Le juré joué par Henry Fonda va remettre en question chaque élément de preuve (l’arme du crime, le témoignage de la dame à cause de ses lunettes, ou encore celui de l’homme, en calculant son temps de trajet), et va faire douter les autres jurés un à un.
Le film contient de longs plans-séquences où nous suivons les personnages déambulant dans la pièce. Il illustre parfaitement l’effet de groupe et le phénomène de “mouton”, certains jurés suivant simplement la majorité sans réfléchir par eux-mêmes. Certains persistent malgré tout, à cause de leur ego et de leurs biais. L’accusé venant d’un quartier pauvre, un juré fait un monologue haineux, donnant lieu à une scène mémorable où tout le monde lui tourne le dos.
Les personnages sont confrontés à leurs contradictions, ce qui est parfois assez comique. La prise à la légère de certains face à la gravité du choix est aussi dénoncée comme indiqué plus tôt avec le fameux match de base-ball. Ce film montre parfaitement toutes les limites de cette justice, en concluant qu’on ne saura jamais la vérité sur l’affaire, que le doute est toujours valable.