12 Angry Men conjugue avec maestria les deux thématiques chères au cinéma de Sidney Lumet, qu’il n’a cessé d’ailleurs de confondre : la justice comme organe social dans lequel les luttes individuelles rejouent celles à l’œuvre dans la politique d’une époque, et la famille comme corps concerné par les mêmes enjeux, soit par la difficulté d’une identité commune à partir de singularités et d’engagements. La longue délibération entre jurés se voit, en effet, encadrée par l’évocation d’un fils perdu de vue, photo à l’appui, qui n’aura de cesse de hanter un père spoiler: incapable de s’extraire de ses problématiques personnelles pour juger objectivement les faits et la culpabilité d’un adolescent lui-même accusé du meurtre de son père . Sans oublier que l’ensemble des participants, masculins, sont eux-mêmes des pères, jusqu’à l’homme d’Église, père spirituel. Cette zone floue, le cinéaste l’explore en abordant d’abord ses personnages telles de pures fonctions sociales, et par extension narratives : lui est prêtre, l’autre commercial, celui-ci travaille dans une banque, celui-là de petites affaires mystérieuses… Tous commencent par subordonner leur sentence aux préjugés inhérents à leur profession respective, à l’exception évidente de l’architecte, habitué à étudier un terrain pour y construire – ou déconstruire – des plans. Sous le patronage de ce dernier, le film devient aussitôt spoiler: un jeu de démystification et de ventilation des préjugés tenaces, que symbolisent la canicule écrasante et le ventilateur qui ne se décide à fonctionner qu’une fois la résolution sur le point d’advenir ; mais ce jeu connaît une mise en abyme, étendu par Sidney Lumet au spectateur qui trouve dans la galerie de jurés autant d’avatars ou de repoussoirs possibles : le regard bleu vif d’Henry Fonda face caméra, les références cinématographiques redoublent l’assemblée par le titre d’un long métrage, « Le cercle écarlate », et le présentent comme un « petit divertissement anecdotique », les accusations d’effets théâtraux et rhétoriques démasquant le huis clos… Les détours par la fiction permettent, aux personnages comme au film lui-même, d’illustrer et de légitimer ce « doute valable » éprouvé par le juré pouvant conduire au bénéfice du doute destiné à l’accusé : la mise en scène précise cadre au plus près les relations de pouvoir et l’interprétations d’acteurs sociaux peu à peu raccordés à leur humanité sensible. Un chef-d’œuvre.
Un huit clos, avec un grand nombre de personnages, dans lequel le spectateur n'a pas toutes les informations au début : le sujet avait de grandes chances de ne pas fonctionner.
Cependant, grâce au très bon travail du scénariste Reginald Rose (trop souvent oublié au profit du réalisateur) et de l'interprétation extrêmement juste de tout les acteurs cette histoire fonctionne très bien et se suit de manière fluide. Sidney Lumet forcément limité par l'aspect huit clos fait du mieux possible à la réalisation et apporte ainsi lui aussi son apport au succès du film. Un ensemble intelligent et marquant.
Un film ramenant la quintessence de l'art de Sidney Lumet. Un seul homme face à un système judiciaire entier dans une nature similaire au chef d'oeuvre de kubrick Paths of Glory
Il y a pas si longtemps j’ai appris qu’on avait osé tourner un remake de chef-d’œuvre. On a déjà plus aucune idée. Revenons à nôtre film. En douceur comme la chaleur dans le film on voit le grand Henri retourner les uns après les autres chaque personnage. Une véritable leçon de cinéma. Bravo
Douze hommes débattant en temps réel dans une pièce pendant une heure et demi ! On pourrait craindre une œuvre redondante et soporifique mais Sidney Lumet, pour son premier long-métrage de cinéma, transforme ce récit en thriller haletant qui en profite pour faire un portrait des différents aspects de la société américaine dominante des années 50 (le jury n’étant constitué que d’hommes blancs). Il faut dire que ce huis-clos repose sur un récit extrêmement fort qui avait déjà été filmé par Franklin J. Schaffner pour une dramatique télévisée que l’auteur (Reginald Rose) transforma en pièce de théâtre (et sera réadapté par Wiiliam Friedkin pour la télévision en 1997 et par Nikita Mikhalkov en 2007 dans 12) et sur un casting parfait de bout en bout mené par un grand Henry Fonda. D’ailleurs, le choix de ne pas nommer les personnagesspoiler: (on ne découvrira le prénom de deux des jurés que dans la toute dernière scène) permet de rendre ce récit plus universel et de se concentrer sur sa réflexion sur la peine de mortspoiler: (on voit parfaitement que la vie d’un homme peut se jouer à peu de choses comme les préjugés ou l’envie de ne pas perdre de temps) et sur la pression socialspoiler: (il faut être capable de pouvoir s’opposer seul à onze personnes n’ayant pas la même opinion que vous) . Malgré le nombre d’années écoulées depuis sa réalisation, 12 hommes en colère reste donc un huis-clos haletant à la réalisation classique mais diablement efficace, au scénario ne connaissant aucun temps mort et à l’interprétation exceptionnelle. En résumé, un chef-d’œuvre !
"12 hommes en colère", c'est la brillante démonstration de la subjectivité d'un jury de qui dépend la vie d'un homme. A la fin d'un procès trop vite expédié, le juré Henry Fonda (excellent de sobriété et d'humanité) sème le doute et même la zizanie dans les l'esprit de ses collègues d'un jour, tous convaincus de la culpabilité de l'accusé. Les preuves et témoignages accablants révèlent alors toute leur fragilité et leur arbitraire. Sidney Lumet, loin d'affirmer une erreur judiciaire manifeste, avance qu'un doute fondé et légitime doit faire revenir les jurés sur leurs certitudes et leur décision. C'est le principe qui veut qu'il vaut mieux un coupable en liberté qu'un innocent en prison. Le huis-clos judiciaire dont le spectateur est à la fois témoin et participant, devient vite passionnant. Au-delà de l'évocation du crime et des faits réexaminés, l'attitude de chacun des jurés donne lieu à un portrait duquel émane une vérité psychologique propre à éclairer et à justifier la conviction des uns et des autres. Henry Fonda se heurte aux préjugés réactionnaires, aux caractères influençables et superficiels ou bien encore aux psychoses. Sans céder à la caricature, ces douze jurés constituent un échantillon social et humain qui démontre l'extrême complexité et les risques d'une justice populaire. Les antagonismes et les revirements participent, comme autant d'incidents, d'une mise en scène subtilement construite. L'interprétation est formidable.
Un huis clos vraiment très bien réalisé, bien qu'en noir et blanc il demeure à voir au moins une fois dans sa vie. Le jeu des acteurs est remarquable et la morale donne à réfléchir sur le poids d'une condamnation sans certitude. Excellent !
Ce film, bien qu’en noir et blanc, reste une référence à voir dans sa vie. Je ne mets pas les 5 étoiles simplement pour certains moments qui pousse le film dans sa longueur. Mais c’est reelment un film à voir au moins une fois, l’histoire et la morale derrière est intemporelle.
12 Hommes En Colère de Sidney Lumet est probablement l’un des meilleurs huis clos jamais réalisé à ce jour. On y voit la complexité d’y rendre un verdict lors d’un procès aux États-Unis
"12 hommes en colère" transforme une simple salle de délibération en un champ de bataille moral d’une puissance rare. La mise en scène millimétrée, le jeu d’acteur d’une précision chirurgicale et la tension qui monte sans jamais faiblir en font un film d’une modernité stupéfiante. Une leçon de cinéma et d’humanité, incontournable.
Magnifique film de procès et premier long-métrage réussi pour Sydney Lumet qui confirmait déjà tout son potentiel de futur grand notamment par ses superbes plans-séquence. Véritable huis clos étouffant aussi bien pour ses protagonistes (tous magnifiquement campés par des acteurs de haute voltige) enfermés dans une salle de délibération, que pour les spectateurs que nous sommes avides de savoir comment faire changer d'avis à tant d'hommes semblant sûrs de leur fait, cette oeuvre culte peut se revoir à plusieurs décades d'intervalle en ayant toujours le même effet. Le seul bémol rencontré finalement, c'est une fin un peu attendue, mais le déroulé qui l'aura précédée vaudra tous les prix !