N'étant pas spécialement fan de ces concepts de film très théâtral, j'ai mis du temps avant de me lancer dans le visionnage des "12 hommes en colère". Pourtant, l'aura culte que dégage ce projet est extrêmement importante, il a donc bien fallu que j'y jette un coup d'œil à un moment donné. Et globalement, même si je ne le trouve pas aussi parfait que certains, je comprends totalement que l'on puisse tomber sous le charme de ce long-métrage. Dans sa base, l'idée est vraiment tout ce qu'il y a de plus classique pour un film aux influences théâtrales : nous allons suivre la délibération du jury d'un procès pendant une heure trente, afin de savoir si l'homme jugé est bel et bien coupable. En tant que spectateur, nous ne nous connaissons rien de l'affaire, nous sommes récupérés au tout début des délibérations et nous allons donc devoir en apprendre par l'intermédiaire de nos personnages. Et à ce niveau, c'est là que le propos du projet ressort de l'ensemble et donne une ampleur plus imposante à cette histoire. Dans son fond, le scénario est très classique et il proposera une structure extrêmement attendue et évidente. On voit rapidement que tout tourne autour du dialogue, les rebondissements se sentent venir et on comprend rapidement que l'opinion globale de la salle n'a que pour but de s'inverser. Pourtant, notamment par sa galerie de personnages, le film cherche à utiliser la justice américaine pour faire un message sur l'individu qui est assez pertinent. Par sa mise en scène, Sidney Lumet présente très rapidement ces personnages, au détour d'un plan-séquence qui nous fait passer de l'un à l'autre. On comprend donc rapidement qui est qui, et surtout quels sont leurs points de vue. Et par la suite, c'est là que se joue le concept, avec ces hommes aux caractères et au parcours de vie différents. Chacun a un point de vue sur la situation, celui-ci étant influencé par ses expériences et par sa condition de vie. Le but n'est donc pas simplement de nous montrer des hommes discutés, mais de nous faire réfléchir sur l'objectivité, un concept qui est beaucoup trop conceptuel pour être correctement appliqué. Et en soi, cette approche s'avère extrêmement passionnante, car on prend plaisir à découvrir un peu plus chaque personnage pour comprendre ce qui influence son point de vue au niveau de la décision finale. De la même manière, j'ai parlé de la capacité qu'a eue Sidney Lumet à introduire la situation, mais sa caméra va se montrer particulièrement efficace pendant la totalité du film. Je pense surtout à sa manière de jouer sur les valeurs de plans, pour nous montrer à quel point un personnage a été perçu à jour par les autres. Ou dans son utilisation d'un montage dynamique pour rythmer correctement la discussion, ce qui n'est clairement pas une chose facile à faire. Malgré tout, cela n'aurait jamais été possible sans le sublime casting dont dispose le projet. Il est difficile de ne ressortir qu'un nom parmi toutes ces jolies têtes, donc retenez juste que chaque personnage est parfaitement interprété. En bref, ce film mérite sa réputation. Clairement, ce n'est pas l'œuvre la plus surprenante que vous verrez dans ce genre, mais, grâce à son dispositif, elle réussit à raconter beaucoup de choses avec peu. Et ça, quoique l'on en pense, on ne peut que saluer la prouesse. Pour conclure, un très bon film.