Une femme plutôt amère et révoltée au cœur d'une comédie bouleversante et formidable. Quelle actrice.... Elle nous fait souvent rire mais c'est malheureusement contre son gré: "Ne te coiffe pas les cheveux aussi vite, tu vas nous électrocuter!!! A ce rythme tu auras pu tricoter des chaussettes!!!" Le thème est profond car il ne s'agit pas simplement d'une mère qui élève ses enfants seule, il s'agit de la façon dont une de ses filles moins exposée au rayonnement bouillonnant d'une femme "déglinguée" va s'épanouir et développer une mutation positive qui va l'aider à quitter certainement cette vie si triste. Vraiment beau film.
Troisième long-métrage réalisé par l’acteur mythique Paul Newman, De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites nous plonge au cœur du quotidien d’une mère au comportement toxique, qui élève seule ses deux filles. Adaptation d’une pièce de théâtre, ce drame intime et social prend la forme d’une plongée vertigineuse au cœur d’une Amérique névrosée, et s’interroge sur l’émancipation possible des enfants ayant grandi dans une atmosphère dysfonctionnelle et destructrice. Porté par des actrices superbes – dont Joanne Woodward et Nell Potts, respectivement épouse et fils de Paul Newman – ce drame n’est pas sans évoquer l’univers et les méthodes de production d’un John Cassavetes. Une ode aux vertus de l’éducation et un message d’espoir aux générations futures.
C'est du côté de Cassavetes et de Rafelson que se situe ce film étonnant de Paul Newman, où son épouse Joanne Woodward compose un personnage dont le mal-être est d'une vérité troublante. Le cousinage avec celui que jouera Gena Rowlands l'année suivante dans "Une femme sous influence" est réel, tout comme l'intérêt porté par des cinéastes importants à une classe moyenne peu présente dans les films américains. La scène de la remise du premier prix à la jeune Matilda dans son collège et l'irruption surréaliste de sa mère, psalmodiant un discours totalement décalé, est inoubliable.
La carrière de réalisateur de Paul Newman aura été mineure si on la compare à celles de certains de ses congénères comme Clint Eastwood, John Cassavetes ou Robert Redford mais les six films qu'elle comporte sont tous dignes d'intérêt, montrant la préoccupation de l'acteur pour les problèmes de son temps, sa volonté d'exorciser ses drames personnels ("L'affrontement") et son désir de réhabiliter le talent de sa femme que son immense carrière avait fini par éclipser. La présidence Nixon ne pouvait satisfaire un démocrate comme Paul Newman qui profite donc de l’adaptation d’une pièce de Paul Zindel pour dresser le constat assez amer d’une Amérique qui se réveille avec la gueule de bois après le rêve consumériste des années 50/60 auquel ont succédé les années de la libération hippie. Béatrice a traversé ces deux périodes, pleine d’un espoir un peu fou et se retrouve à quarante ans, divorcée avec deux filles à charge et sans emploi fixe. Newman n’est pas le seul à l’orée des années 1970 à s’interroger sur la place de la femme dans une société américaine en crise. Martin Scorsese dans « Alice n’est plus ici » (1974) et, Martin Ritt dans « Norma Rae » (1979) sont comme lui à douter de la réalité de l’indépendance apportée par la libération sexuelle féminine encore toute récente. Mais le regard de Newman est sans conteste le plus sombre. Outre le côté sordide de la maison où vit la fratrie, l’apparence de Béatrice montre une femme prématurément vieillie qui progressivement semble renoncer à regarder l’avenir comme la promesse d’un possible bonheur. La métaphore sur l’influence des rayons gamma montre bien qu’il sera difficile pour les deux filles de Béatrice de se dessiner un horizon dans un environnement aussi plombant. L’aînée, Ruth est déjà à son corps défendant la copie conforme de sa mère et semble devoir emprunter le même chemin tortueux et douloureux. Newman qui est aussi très engagé politiquement n’oublie pas que Nixon a choisi de conduire l’Amérique dans le bourbier vietnamien plutôt que d’accompagner les mutations sociétales et économiques qui secouent un pays désormais en train de s’éloigner de la promesse faite à tous les émigrants venus jusqu’au début du siècle dernier dans ce grand territoire en quête d’un avenir meilleur. La petite Matilda jouée par Nell Potts la fille de Paul Newman et de Joanne Woodward, élève appliquée, férue de science se verra décerner le prix de son école pour son étude sur l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites comme l'indique le titre du film. Elle représente sans doute aux yeux du metteur en scène la maigre lueur d’espoir pouvant mener vers un monde qui pourrait encore croire en l'avenir non sans devoir se prémunir de la confiance aveugle accordée jusqu'alors un peu aveuglément à un progrès techniquespoiler: qui présente aussi ses dangers comme le rappelle la mort du lapin dont il n’est pas clairement précisé dans le film s’il a été tué par Béatrice ou par son exposition aux rayons gamma . Comme le voulait son époux admiratif de son talent, Joanne Woodward porte tout le film sur ses épaules n’hésitant pas à briser l’image glamour que la jeune starlette des années 1960 avait projeté dans les magazines en compagnie de son nouvel amoureux. La récompense viendra au bout de tous ses efforts pour l’actrice avec le Grand Prix d’interprétation à Cannes.
En 1972, Paul Newman passe derrière la caméra pour la troisième fois de sa carrière. Il concocte un drame intimiste tout en décrivant la précarité des classes populaires américaines de l’époque. En effet, le portrait psychologique de cette femme élevant seule ses deux filles, à la fois mère courage et névrosée, permet de brosser une situation familiale toxique. La description tout en finesse des relations complexes qui règnent au sein de ce foyer montre les conséquences sur les enfants d’un système éducatif dysfonctionnel. Ce naturalisme sans excès de pathos devient vite insoutenable. Heureusement, pour détendre l’atmosphère, l’auteur à l’intelligence d’introduire quelques petites touches d’humour salvatrices. On notera au passage les prestations convaincantes de Joanne Woodward et Nell Potts (respectivement épouse et fille du réalisateur). Bref, une œuvre sombre car terriblement réaliste.
Une femme élève seule ses deux filles. L'amertume se confronte à la vie qui s'ouvre aux adolescentes. Quel beau film. On ne comprend pas qu'il ait pu tomber dans l'oubli. La délicatesse avec laquelle Paul Newman filme la décrépitude d'une femme pleine de rancœur, la sensibilité des adolescentes nous étonne et nous touche. C'est parfaitement écrit, filmé et dirigé. Les actrices sont impressionnantes, au premier d'elles Joanne Woodward qui est à la fois aigrie et pleine d'amour. Magnifique.
Avec ce titre improbable et déroutant avant d'avoir vu le film et d'en saisir la signifiation, Paul Newmann nous donne une vraie leçon de cionéma, aboutie et sincère. Merci pour cela ! Et ta mère, Joyce ?
Né un 26 janvier 1926, c’est aussi un 26 qu’il tira sa révérence au monde entier. En effet, Paul Newman s’est éteint il y a quelques jours de cela (le 26 Septembre 2008), à l’age de 83, des suites d’un cancer. Tout le monde le connait en tant qu’acteur (notamment dans Butch Cassidy et le Kid - 1969 & Luke la main froide - 1967), mais peu de gens savent qu’il avait aussi réalisé des films, dont celui-ci qui est son deuxième long-métrage (en réalité c’est son troisième mais il a renié Le Clan des irréductibles - 1971). Avec De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites (1973), Paul Newman nous retranscrit à la perfection le quotidien d’une famille Américaine des années 70. Peu d’argent en poche et deux filles à élever, Béatrice Hunsdorfer est une mère de famille divorcée et profondément blessée par la vie. Dépassée par la dureté de la vie et ce qui l’attend, peur de ne pas subvenir aux besoins de ses enfants, cette femme d’une quarantaine d’années donne l’impression d’être névrosée ou écoeurée de ce qu’elle est devenue. Dans la lignée de Alice n'est plus ici (1975) de Martin Scorsese. Paul Newman nous offre là un très beau portrait, où l’interprétation remarquable de Joanne Woodward (sa femme à la ville) prime avant tout (elle remporta le Prix d'Interprétation Féminine lors du 26ème Festival de Cannes).
Très beau film "profond" sur une maman qui ne s'en sort pas avec ses deux jeunes filles ados. Étouffée par ses problèmes matériels, elle ne perçoit plus l'essentiel: comment aimer ses filles, les écouter, faciliter leur épanouissement. Elle est pourtant de bonne volonté et l'une de ses filles trouve sa voie...grâce à l'enseignement...drôle parfois, surtout poignant!!!! comme dans Stella, (Sylvie Verheyde)..
cette histoire est traitée avec delicatesse Cette femme est semblable à des millions d'autres qui ne parviennent pas à vivre pour elle-même. Newman abordé ce sujet sans misérabilisme avec pudeur.
De l'influence des rayons Newman sur le comportement du spectateur ... ça donne ... Beaucoup d'ennui. Peut-être qu'à sa sortie initiale, ce film était novateur. En tout cas, je trouve qu'il a vraiment mal vieilli. Le jeu outrancier des acteurs est davantage ridicule qu'émouvant. L'intrigue avance si peu ... plusieurs éléments de l'histoire arrivent au fur et à mesure de l'histoire, mais sans grande crédibilité. Toutefois, on ne peut pas dénigrer l'originalité de l'histoire initiale. C'est juste dommage que la mise en image ressemble à un amas de mauvaises molécules, toutes composées d'atomes défaillants et générant le sommeil ...
Comme son contemporain Robert Redford, Newman préfère casser son image glamour de séducteur en filmant des personnages écorchés en proie au doute et à la névrose dans des productions éloignées du confort narratif et visuel hollywoodien. Le charme fou qu'exerce cette adaptation d'un roman se poursuit bien après la projection. Newman prend le temps de filmer les petits moments de l'existence et les bizarreries du quotidien (désopilante séquence d'une voisine entrevue par la fenêtre et que l'on croit morte alors qu'elle s'est assoupie). Portrait d'une enfant déchue ? Cette œuvre s'inscrit en fait dans la lignée d'un certain cinéma de la femme américaine des seventies : en passant de la transe à l'hystérie, sans céder aux sirènes du cabotinage Actor's studio, Woodward compose un personnage proche de celui d'Ellen Burstyn dans ''Alice n'est plus ici'' ou surtout de Gena Rowlands dans ''Une femme sous influence''.
Un film d'une sensibilité poignante, porté par des actrices exceptionnelles. Paul Newman ne sombre jamais dans les facilités qu'on pourrait attendre de son sujet et livre une œuvre cruelle à bien des égards mais porteuse d'un véritable espoir. Magnifique.
6 213 abonnés
18 103 critiques
Suivre son activité
4,5
Publiée le 23 octobre 2021
Paul Newman avait déjà dirigé Joanne Woodward et leur fille Nell dans Rachel, Rachel, puis il les a dirigés dans De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites dans lequel Woodward joue le rôle de l'irascible chef d'une famille dysfonctionnelle. Le titre fait référence à un projet scientifique de la fille cadette et sert également de métaphore à l'effet de la société sur le personnage de Woodward. Tout objectif qu'elle poursuit sera presque certainement entravé par son instabilité. En fait elle et ses filles ne peuvent pas s'intégrer au monde qui les entoure. L'épilepsie et l'attitude rebelle de la fille aînée (Roberta la fille d'Eli Wallach) semblent la condamner à répéter la vie de sa mère tandis que la fille cadette trouve du réconfort dans son lapin de compagnie. J'ai aimé tous les films dans lesquels j'ai vu Joanne Woodward et ce film ne fait pas exception. Elle incarne la Béatrice mécontente qui essaie de faire ce qu'il faut mais dont les défauts font obstacle à tout. Nell la fille de Paul Newman qui apparaît désormais sur la couverture des produits Newman's Own aux côtés de son père est également très impressionnante dans le rôle de la jeune fille idéaliste. Ce film est un très bon film...
Derrière son titre rebutant, ce film intimiste nous présente à la fois une vision très intelligente de la situation d'une femme seule aux difficultés financières dans une société machiste et matérialiste et une histoire touchante construite autour de ses relations particulièrement émouvantes qu’elle a avec ses deux filles, l'une rebelle et l'autre plus timide. C’est bien ce personnage tragicomique, magnifiquement interprétée par Joanne Woodward, la femme de Paul Newman qu'il met parfaitement en avant, nous dévoilant ainsi toute la sensibilité de sa mise en scène.