Malgré une intrigue plutôt convenue (un homme disparaît après avoir commencé une histoire d'amour, intrigue semblable à "Marius"), le film séduit par son ambiance un peu d'un autre âge, l'orientalisme du début du film et le jeu des acteurs, puis petit à petit il sombre dans le drame, c'est assez fort et très réussi.
A Sfax, le conteur musulman et oisif Matteo el la prostituée Safia s'éprennent l'un de l'autre. L'histoire d'amour se fond dans l'exotisme tunisien dont Pierre Chenal restitue plutôt habilement l'animation et le cosmopolitisme. Les personnages sont réussis, et en particulier celui de Viviane Romance, tout en sensualité. On trouve, à ce moment du film, une noirceur sociale et humaine qui est un des aspects dominants du cinéma français des années 30, de Carné et Duvivier en autres. Drame, et même mélodrame, sentimental en deux actes, le film, de façon inattendue, change radicalement d'aspect et de décor dans sa seconde partie. Le contenu romanesque prend une autre tournure, et notamment avec l'intrusion, brève mais déterminante et savoureuse, de Louis Jouvet. Tandis que Pierre Renoir est toujours irréprochable dans la gravité et la sobriété. On est intéressé par les incidents bien agencés du scénario, même si, une fois n'est pas coutume, le réalisateur se montre trop concis dans la mise en scène, survolant trop les possibilités de l'intrigue et des personnages. C'est surtout Dalio, dans le rôle de Matteo, qui en fait les frais : son personnage n'est pas assez développé pour être convaincant. Viviane Romance s'en sort mieux et l'histoire d'amour initiée à Sfax introduit quelques beaux et sensibles moments.
Le cinéma français d’avant guerre rêvait souvent d’Orient à l’image du « Pépé le Moko » de Duvivier réalisé un an plus tôt. La France est encore un pays colonial et toute l’imagerie des souks maghrébins reproduite en studios nourrit l’imaginaire des romanciers et scénaristes de cette époque tourmentée. A cette toile de fond exotique portée à sa perfection esthétique Outre Atlantique par le duo Sternberg/Dietrich il est de bon goût d’ajouter une histoire d’amour fatal. Pierre Chenal qui connaissait alors sa période de gloire s’engouffre dans la brèche avec l’aide de Jacques Companeez à l’écriture. C’est Marcel Dalio dit Matteo qui tient avec Viviane Romance le rôle vedette de cette histoire d’amour impossible entre une prostituée et un vagabond diseur de bonne aventure. Le film n’évite pas les clichés un peu convenus et Marcel Dalio est parfois à la limite de la caricature notamment quand il se transforme en gangster à mi chemin entre le « Pépé le Moko » immortalisé par Gabin et le « Little Caesar » hystérique d’Edward G Robinson. Jouvet qui avait déjà travaillé avec Chenal pour « Alibi » un an plus tôt nous offre une prestation courte mais réjouissante en margoulin maître chanteur. Fréhel campe une tenancière à la gouaille dominatrice et Jany Holt une Marguerite Gautier des bas-fonds. Quant à Aymos, il reste toujours dans le registre du filandreux un peu visqueux. Terminons par la sublime Viviane Romance qui réussit la jonction entre Arletty , Marlène Dietrich et Suzy Delair. Une galerie de portraits un peu datée qui ravira tous les amoureux d’un cinéma où l’addition des seconds rôles donnaient toute leur saveur à des scénarios parfois un peu mécaniques.
Encore une intrigue typique des années 30, avec un amour impossible, des trahisons, des apaches et compagnie. J'en ai un peu ma claque personnellement, surtout que Marcel Dalio n'est pas Jean Gabin, et que Viviane Romance n'est pas Michèle Morgan. Cela dit, le scénario est de meilleure qualité que la moyenne, et l'histoire assez touchante.