Il n'y rien à sauver là-dedans: ce film est aussi stupide sur le fond – il n'a rien à dire – que prétentieux dans sa forme. Des films dont la vision est difficilement supportable, il y en a eu quelques uns. Parmi les chefs d'œuvre (ou peu s'en faut) on peut citer le Funny games de Haneke, magistrale leçon sur la représentation de la violence, le Salo de Pasolini qui conserve 40 ans après sa sortie ses troublantes résonnances philosophico-sociologiques, et le Bad lieutenant de Ferrara, portrait saisissant d'un flic pathétique essayant de récupérer quelques bribes de son humanité après l'avoir entièrement dissoute dans l'alcool et la came. Irréversible, c'est du vide. On pourrait croire que le deal de départ était de filmer le couple Bellucci – Cassel dans sa vie intime, histoire de leur faire un souvenir (filmé sans imagination, d'une platitude soporifique) pour leurs vieux jours. Puis la nécessité de coller là dessus une histoire de fiction; cherchons bien: un viol dégueulasse, et puis une vengeance qui l'est tout autant. Brillant ! ... Mais à y réfléchir 2 secondes, tout ça est quand même un peu concon, vu à peu près un million de fois sur la toile et à la téloche. C'est là qu'on dégaine la panoplie de gadgets récupérés à droite et à gauche. Tiens, si on racontait l'histoire à l'envers, façon Mémento ? (Notons que Lumet a également repris l'idée en 2006 dans 7h58 ce samedi là, brillamment, lui). OK, mais ça suffit pas. Alors va pour des mouvements de caméra qui tournent à te filer la gerbe, pas comme le Scorsese d'After hours, non, là on y va carrément, et on s'arrête que quand vraiment on peut plus faire autrement. Et puis on en profite pour coller encore quelques trucs qui vont faire leur petit effet: j'ai écouté un truc classique super beau et vaguement tristouille: mon smartphone me dit que c'est tiré de la 7e symphonie de Beethoven... ben je vais t'en faire un clip à la fin du film, tu vas voir, la Bellucci allongée sur l'herbe, au soleil, avec des enfants qui jouent autour, et la caméra qui retourne encore... ça va jeter ! Et puis si on balançait une sentence profonde et terrible, un truc du genre qui fait réfléchir: "Le temps détruit tout"... on la tient ! Un type balance ça au début du film, on sait pas pourquoi, et on te la recolle dans le générique de fin, en grosses lettres clignotantes façon stroboscope. Le pire est de penser que ce collage maladroit et prétentieux ait pu faire la fierté de ses auteurs. Bon sang. Cassel a été bien plus inspiré en acceptant de tourner avec Cronenberg, et Dupontel avec la bande à Groland...