Drame psychologique, écrit et réalisé par Gaspar Noé, Irréversible est un long-métrage choc, traumatisant, mais ô combien brillant. L'histoire nous fait suivre Marcus et Alex, qui cherchent un homme ayant violer la femme de ce dernier, afin de se venger. Ce scénario, à l'apparence simpliste, nous plonge pendant environ une heure et demie dans un véritable enfer. Le récit a la particularité d'être monté en ordre antéchronologique, nous faisant donc découvrir la fin dès son ouverture, puis remonte le temps au fur et à mesure des minutes, dans l'objectif de nous faire comprendre la raison de cette rage d'une rare violence. Et c'est justement ce procédé qui donne un film singulier nous dévoilant peu à peu des éléments permettant de légitimer ces représailles sauvages comportant des scènes insoutenables, d'une cruauté innommable. L'ensemble se déroule sur une journée qui commence dans les ténèbres mais qui s'éclaircit peu à peu vers une lumière plus heureuse au bout de ce long tunnel sombre couleur hémoglobine, laissant apparaître de la sensualité et de la tendresse bienvenue après tant de haine. L'ambiance viscérale et oppressante met mal à l'aise jusqu'à nous prendre aux trippes et nous fait passer par un tas de sentiments, à l'instar des personnages vivants ces événements tragiques. Ces derniers sont très justement interprétés par Monica Bellucci, Vincent Cassel, Albert Dupontel ou encore Jo Prestia. Cette distribution joue des rôles difficiles, ce qui rend leurs performances d'autant plus remarquables. Leurs échanges entre colère, tristesse et désir de vendetta, donnent lieu à des moments de tension et de barbarie. Les dialogues sont eux d'une grande sincérité. Si le fond est aussi impactant, c'est également en grande partie grâce à la forme. En effet, la réalisation jusqu'auboutiste de Gaspar Noé lui confère une esthétique atypique, marquée par sa personnalité. Sa mise en scène est totalement hors des conventions avec sa caméra très aérienne constamment en mouvement, tourbillonnant, nous hypnotisant et créant le dégoût car peu esthétique. Ses nombreux plans-séquences nous immergent dans une spirale au cœur de l'action et des exactions sordides, dans des lieux sombres et lugubres. De surcroît, ce visuel sans concessions est accompagné par une b.o. étouffante signée Thomas Bangalter, l'un des deux Daft Punk. Ses compositions percutantes et répétitives viennent encore plus salir et donner la nausée aux images. Ce cauchemar, pourtant réel, s'achève sur une fin à la hauteur, venant mettre un terme à Irréversible, qui, en conclusion, est une œuvre hautement marquante à ne pas mettre devant tous les yeux, une véritable expérience que l'on ressent de tout son être, dont on ne sortira pas indemne.