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soulman
140 abonnés
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2,5
Publiée le 22 juillet 2021
On ne peut être insensible à ce retour de l'époux que l'on croyait perdu à jamais, d'autant plus qu'Alida Valli et Georges Wilson sont remarquables. Toutefois, force est de constater que la mise en scène extrêmement classique de Colpi ne permet pas au film de traverser les décennies avec vigueur. Les dialogues de Duras avaient besoin d'une imagination visuelle plus débridée, qui existe, par exemple, dans "Hiroshima mon amour". La plus belle scène, l'une des dernières, voit le doux amnésique interpelé bruyamment par son ancienne compagne et ses amis et qui, reconnaissant peut-être son nom, lève les bras au ciel, comme jadis devant l'armée allemande.
Une aussi longue absence est un film que l’on croit mince, mais qui pourtant charrient un siècle, ses absents, ses crimes, et ses oublis.
C'est un film qui parle d'un bistrot, d'une femme et d'un clochard. Un film de pluie fine, de reflets et de seuils. Le seuil d’un café que l’on pousse chaque jour. Le seuil d’un regard qui ne reconnaît pas. Le seuil d’un monde d’après où plus rien ne s’accorde. La guerre est terminée, mais tout commence ici : ce qui reste, c’est cette femme (Alida Valli) qui croit reconnaître dans un SDF amnésique l’homme qu’elle aimait, disparu pendant la déportation. Tout est là. Une croyance, une supposition, un amour. Et le film ne racontera rien d’autre.
Le cadre de Colpi est stable, les mouvements rares, le montage feutré. Rien ne vient souligner le drame. Et c’est justement cette pudeur qui devient bouleversante.
On pourrait dire que l’amnésie, ici, est le nom donné à l’état du monde. Le clochard sans mémoire n’est pas seulement un homme abîmé, il serait la métaphore d’une société qui ne sait plus comment porter ses morts. Il incarne ce reste que la France des années 60 (déjà tournée vers la modernité et ses vitrines) préfère ignorer : les disparus, les revenants, les éclopés de l’histoire. Il traverse les plans comme une béance mobile. Il ne sait plus qui il est, mais son corps, lui, sait qu’il fut.
Ce n’est pas un film qui avance, c’est un film qui résiste au mouvement. Il s’attarde, il bute, il hésite. Comme si toute affirmation risquait d’écraser la vérité fragile qu’il cherche à toucher. Et cette vérité, peut-être, est celle-ci : le passé n’est pas un lieu où l’on peut retourner, ou que l'on peut retrouver.
Le bistrot de Thérèse devient alors un théâtre. Une scène minuscule où se rejoue l’Histoire à l’échelle d'homme. Elle y attend, refusant que l’oubli gagne. Elle parle, elle insiste, elle raconte. Elle tente de ranimer une mémoire qui se dérobe. Et c’est là que le film touche à une forme de sublime inversé : il ne montre pas la réminiscence triomphante, mais son échec.
Car Une aussi longue absence n’est pas une affaire privée. C’est un film profondément collectif. Il parle de ces blessures que l’on a mal recouvertes, de ces noms qui ne figurent sur aucun monument. Il dit ce que c’est que d’être resté, de n’avoir pas péri mais de vivre avec l’absence de l’autre. C’est un film pour les vivants endeuillés.
En 1961, le jury du Festival de Cannes présidé par Jean Giono décerna une double palme d’or. L’une revint à Luis Buñuel pour Viridiana alors que l’autre fut remise à Henri Colpi pour la réalisation de Une aussi longue absence déjà récipiendaire l’année précédente du convoité prix Louis Delluc. Si le film de Buñuel est resté dans la mémoire de nombreux cinéphiles, pareil constat ne peut être appliqué à celui de Colpi et, de façon plus large, à l’ensemble de la filmographie de son auteur. L’égalité issue de la 14ème édition du Festival de Cannes fut donc celle d’un instant. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/2020/12/02/une-aussi-longue-absence/
Un pensum sinistre et languissant, joué par des acteurs qu'on dirait frappé de paralysie ! Bien sur palmé triomphalement à Cannes. Faire long, chiant et sans intéret est un passeport pour les prix cinématographiques Français.
Merveilleux Georges Wilson, qui incarne cette amnésie traumatique, selon laquelle on peut survivre à condition d'oublier qui l'on a été. Son épouse, qui le reconnait supportera mal, de ne plus faire partie de l'histoire de cet homme, qui ne sait plus qui il est, qui elle est, ni non plus quel est son passé. Son présent est quant à lui fluctuant, puisqu'il repose sur une identité artificielle. Un film sombre, qui montre à travers l'oubli, l'horreur qui a lieu en temps de guerre.
Chef d'oeuvre d'émotion et de simplicité. Un grand film trop oublié en un noir et blanc expressif, avec des acteurs parfaits, dont l'extraordinaire Wilson..
Ce soir rien de bon à la tv.. Sauf une chaine qui diffusce ce Film noir et blanc. Film inconnu du grand public. Dommage! Car un scénario peu commun. Très bien interprèté par deux personnages. Pour les vrais amoureux du cinéma.
Absolument bouleversante Alida Valli campe avec une pudique intensité cette femme qui pense reconnaitre son mari dans le vagabond singulier (excellent George Wilson) chantonnant de l'opéra. Or, au-delà de l'intelligence émotionnelle de l'héroïne dont les tentatives de réminiscence offrent de délicates scènes, souriantes ou touchantes, c'est la réactivation du sentiment qui illumine l'écran, la présence de cet homme rallumant souvenirs et émois et faisant s'interroger: est-il plus important qu'elle ait raison ou qu'elle le croie... Renforçant la justesse du propos (portée par la force du sous-texte jusqu'à la réplique finale), la remarquable mise en scène ancre avec quelques plans pertinents l'intrigue dans son contexte socio-historique en jouant des miroirs, des ombres (au café!), des lumières pour manifester le rapprochement de l'épouse ou adopter son point de vue, nous faisant voir le marginal avec ses yeux émus. Une des plus belles démonstrations cinématographiques de la puissance d'Eros.